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C’est officiel… je suis fan de Laurent Seksik. Je vous avais déjà clamé mon amour naissant dans ma précédente critique sur Les derniers jours de Stefan Zweig, mais là on atteint la phase dite de maturité. Celle-ci se décrirait ainsi : premièrement, l’écriture de Laurent Seksik est tout simplement belle, limpide, elle coule de source c’est un bonheur littéraire sans pareil. Deuxièmement, quel talent pour coller au plus près des sentiments des personnages, pour décrire avec autant d’acuité et de sensibilité un tel éventail d’émotions. Troisièmement, le travail de recherche effectué, minutieux, fourni (correspondances, essais, biographie etc.) démontre tout le soin apporté à la quête de vraisemblance (voire de véracité).

Cette fois Laurent Seksik s’attaque à une figure sacralisée, à un génie adulé autant que critiqué, voire haï, Albert Einstein. Mais pas que… Vous l’aurez compris le titre du livre n’est pas Le cas Albert Einstein mais bien Le cas Eduard Einstein, le fils schizophrène interné plus de la moitié de sa vie dans un centre de Zurich. Fruit du premier mariage d’Albert Einstein avec Mileva Maric, scientifique qui l’a assisté et mené à sa gloire, Eduard est interné à l’âge de 20 ans et mourra dans cette clinique spécialisée seul et oublié. Le roman est un récit à trois voix : Mileva, la femme blessée, l’ex épouse trahie, la mère éplorée prête au sacrifice ultime pour son fils adoré ; Albert Einstein, qui toute sa vie n’aura de cesse de fuir ce poids familial, ce secret, cette vilenie qu’il ne sait pas circonscrire et expliquer ; enfin le fils Eduard, poète à ses heures perdues, fils aimant mais ingrat, juge impitoyable de ce père absent qui lui a préféré la gloire et les honneurs.

Je ne saurais pas décrire la kyrielle de sentiments et d’émotions qui m’ont parcourue : pitié et profonde compassion pour Mileva Maric, cette femme sèche et meurtrie ; pitié pour ce fils écrasé par la poids d’un père dont l’ambition et la démesure l’ont éloigné des siens ; reproches, colère mais aussi pitié pour le père, imparfait et maladroit, mais dont on sait qu’un amour sincère l’a lié à son ex-épouse et à ce fils incompris.

Que de louanges pour un très beau roman et pour un talentueux écrivain que je suivrais dorénavant avec beaucoup d’attention!

Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik, éditions Flammarion

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