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Un souffle de liberté plane sur Tanger. Un espoir d’ailleurs qui se joue des appartenances et se défie des dogmes. Mathias Enard est un conteur, une plume léchée, précise, profondément poétique, porteuse de promesses de jours meilleurs, c’est une plume qui nous embarque de la première à la dernière ligne. L’histoire qu’il nous offre est celle de Lakhdar, jeune tangérois qui, parce qu’il a fauté avec sa cousine Meryem, est banni du cercle familial. Traînant son désarroi, ses rêves et ses illusions de par les rues de Tanger à Barcelone, il endure la misère et le rejet. Sans cesser de croire en de meilleures auspices, il partira à la rencontre de celles et ceux qui l’aideront dans la quête de son idéal, vaine chimère.

A travers la prose de Mathias Enard et le destin hors-norme de Lakhdar, nous est offerte la réalité de deux continents - l’Afrique et l’Europe - qui en chiens de faïence, se jaugent, l’un attiré par les promesses d’un avenir plus glorieux, l’autre, effrayé à l’idée d’accueillir en son sein la misère humaine, craignant de ne pouvoir résorber tout ce que ces âmes esseulées apportent dans leurs attentes. Lakhdar incarne cette jeune génération d’hommes et de femmes, qui sans rejeter la tradition familiale et le poids de la religion, reste attirée par les mirages d’une Europe agonisante, en proie à la crise, se démenant avec ses propres contradictions, consciente d’un modèle qui s’essouffle. Mathias Enard nous brosse le portrait d’une génération sacrifiée en plein printemps arabe, oscillant entre repli communautaire et religieux, aspirations démocratiques et théocratie obscurantiste. Observateur sensible et profondément humaniste, il nous amène à réfléchir sur l’engagement et la notion de révolte. Un beau roman que Rue des voleurs.

Rue des voleurs de Mathias Enard, Actes Sud

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