Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Arrive un vagabond c’est une bourgade américaine de la fin des années 40 où tout le monde se connaît, se côtoie, se jauge. C’est une paisible ville (de mémoire jamais crime n’a été commis) où Baptistes et Pentecôtistes, Presbytériens comme Unitariens prient et craignent un même Dieu en parfaite harmonie. Une ville du sud des Etats-Unis où Blancs et Noirs vivent strictement séparés, chacun à sa place. Arrive un vagabond c’est aussi un homme, Charlie Beale, débarqué dont ne sait où à bord de son pick-up. Mystérieux et taciturne, c’est un homme solitaire qui n’a pour seul bagage que quelques effets personnels, rien de superflu. Et il s’installe. De lui on ne sait pas grand-chose, sauf qu’il est boucher et qu’il a pris volontairement pour point de chute cette ville perdue, isolée sur l’immense carte des Etats-Unis. Cet homme est en quête de plénitude, d’un chez lui : il choisit cette ville, ses habitants. Il s’attire l’amitié d’un enfant, Sam, fasciné par lui, celle de ses parents, Will le boucher et son épouse Alma. Il tombera éperdument amoureux d’une femme mariée à un harpagon suant, méprisant comme méprisable, notable du coin sans scrupule pour qui son épouse est une décoration qu’il arbore fièrement. Sous cette banale (en apparence) histoire, sourd un événement qui emportera et bouleversera nombre de choses dans son sillage. Au centre de cette histoire, c’est également la figure de l’enfant, Sam, témoin privilégié mais muet des turpitudes du monde adulte, marquant la fin de l'innocence.

Robert Goolrick est un conteur que j’avais déjà eu le plaisir de découvrir avec Une femme simple et honnête et Féroces. Ce que j’apprécie chez lui (et qui ressort si bien dans son dernier roman), est son talent pour planter un décor en quelques phrases, pour nous faire entrer rapidement dans une histoire, à une époque bien précise qu’on visualise parfaitement. Il possède indéniablement un don pour nous alpaguer dès les premières lignes. Dans Arrive un vagabond tout s’installe progressivement, l’auteur prend son temps. Nous accompagnons Charlie Beale dans sa quête d’un foyer, devenu l’attraction de la ville avant d’être adopté par ses habitants. Le lecteur, sorte de bonne conscience, pressent dès le départ que quelque chose va déraper, ce n’est qu’une question de temps. Les portraits de Charlie Beale en homme rongé par ses démons et de sa jeune maîtresse, naïve paumée rêvant d’une vie à la hollywoodienne, sorte de pin up de campagne, font également la force du roman. L'attraction irrésistible et incontrôlable du vagabond pour cette femme, nous foudroie ; la violence des sentiments n’est pas pour rien la spécialité de l'auteur.

Robert Goolrick est un aussi et avant tout un « décortiqueur » de faux-semblants. Sous l’apparente neutralité et le calme de sa plume, nous recevons en pleine figure la critique d’une Amérique profonde d’après-guerre, où malgré la charité chrétienne, la ségrégation et l’exclusion sont encore de mise, où au final est rejeté ce qui détonne et mettrait en péril la paisible monotonie d’un quotidien bien réglé.

Pour toutes ces raisons (vous l'aurez compris), testez Robert Goolrick vous ne serez pas déçus.

Arrive un vagabond de Robert Goolrick, collection Pocket

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :