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Ce roman publié par la collection Points fait partie de la sélection pour laquelle j’ai l’honneur d’être jurée. Et premier coup de cœur 2014. Ce récit, une fois n’est pas coutume dans mes lectures, est autobiographique. Jeanette Winterson, femme de lettres anglaise, féministe convaincue depuis les années 70, auteur de nombreux romans, y raconte son enfance (disons-le atroce) vécue auprès d’une mère adoptive tyrannique et peu aimante dans le Manchester ouvrier des années 50/60. Cette dernière, fervente croyante, obnubilée par la fin du monde et les visions d’une apocalypse tant redoutée, n’aura de cesse de rejeter et humilier l’enfant, l’adolescente puis la femme qu’est Jeanette Winterson, étant persuadée que « sur le berceau de sa fille le diable s’est penché ». Ce rejet deviendra particulièrement violent lorsque qu’elle découvrira l’homosexualité de sa fille. Enfant mal aimée, rejetée, solitaire, peu liante et turbulente, c’est auprès des mots (la lecture puis l’écriture) que Jeanette Winterson apprendra à panser ses blessures, à survivre et à assumer celle qu’elle est aujourd’hui, être fragile et torturé, incapable d’aimer pense-t-elle et d’être aimée.

Ce récit est d’une grande sensibilité et d’une profonde honnêteté. Jeanette Winterson s’y livre sans concession, sans se ménager, assumant celle qu’elle est, cette femme non désirée (et par sa mère naturelle et par sa mère adoptive, ce double abandon qui l’a détruite) qui rejette à son tour. Ce qui est merveilleux dans ce roman est qu’en dépit de son enfance malheureuse, jamais l’auteur ne tombe dans le pathos ni le règlement de compte : elle conserve un regard empreint d’une certaine tendresse pour sa mère adoptive, être blessé qui n’a jamais su aimer. Et puis que dire de cette déclaration d’amour que Jeanette Winterson offre aux livres, seuls capables de la sauver, récit qui m’a touchée tout particulièrement, me tirant par moments quelques larmes. Ce rapport au mot sera la seule et unique compagne stable et solide dans sa vie chaotique, car d’une enfance malheureuse on ne sort pas indemne : Jeanne Winterson est indéniablement cassée, n'attendez pas de morale dans cette histoire, ce n’est pas du Dickens. Pourquoi être heureux quand on peut être normal est tout à la fois un hymne à la tolérance, un acte de survie, le récit d’une renaissance à travers les mots, une profession de foi envoyée à la vie. Tout simplement beau.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal de Jeanette Winterson, collections Points

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