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Voilà déjà quelques semaines que j’ai refermé Kinderzimmer ; je n’en parle que maintenant. Je pense qu’il est des livres qui incitent à s’ouvrir immédiatement aux autres de la kyrielle d’émotions et de sensations qui ont ponctué notre lecture. Et puis parfois certains romans doivent être digérés, assimilés dans tout ce qu’ils ont de plus dur et de plus révoltant. Car Kinderzimmer est sans conteste un roman d’une impitoyable et intolérable cruauté mais aussi, là est le paradoxe, une belle leçon sur la survie et l’espoir au cœur de l’horreur. Valentine Goby nous offre le destin de Mila, jeune femme, pas vraiment une héroïne de la résistance, et qui comme nombre d’opposantes politiques, a été envoyée dans le camp de concentration de femmes de Ravensbrück. Nous sommes en 1944, la jeune Mila porte en son sein le fruit d’une nuit d’amour : l’enfant s’il survit, sera l’enfant de la vie concentrationnaire, l’enfant de la honte mais aussi la lueur d’espoir qui fait tenir et se battre. Mila, jeune adulte fragile et désorientée, se lie d’amitié dans ce microcosme de femmes, venues d’horizons, de pays différents, un monde où se côtoient les jeunes comme les moins jeunes, les bourgeoises comme les ouvrières, les Françaises, les Russes, les Belges et tant d’autres femmes, soudées au cœur de l’horreur et de l’indicible, dans un monde à la frontière entre l’humanité et la bestialité. Un monde fait de lâchetés, impitoyable lutte pour la survie et aussi lieu de la fraternité, de l’entraide, de la révolte et de la résistance quotidienne. Je ne m’étendrai pas sur les conditions de survie sans nom dépeintes dans ce roman, l’ignominie du traitement infligé à ces femmes. Ce qui compte est que Mila au milieu de ce chaos va donner la vie, pied de nez à la mort, cette maraudeuse qui fauche jour après jour des centaines de vies innocentes d’une manière qui dépasse l’entendement.

Kinderzimmer n’est pourtant pas un roman d’une approche aisée : le style est désordonné, voire chaotique à la mesure de ce que ressent Mila, perdue dans ce marasme et dont les pensées se bousculent à la chaîne. C’est un style dur et rapide à la mesure de la cruauté allemande : ordres aboyés, coups assénés, insultes envoyées en pleine face à la vitesse d’une mitraillette. Tout va vite à Ravensbrück, tout se déchaîne dans cet endroit abandonné des dieux. Pourtant vous mettrez du temps à lire cette histoire car chaque phrase fait littéralement mal, chaque parcelle d’espoir fait vibrer de concert avec ces femmes. Kinderzimmer est un roman nécessaire, un roman contre l’oubli, un livre qui est aussi une manière de rappeler à ceux qui prétendent que le devoir de mémoire est une notion éculée qu'on en aura jamais assez ! Moi je dis merci à Valentin Goby.

Kinderzimmer de Valentine Goby, Actes Sud

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