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Un livre intelligent et raffiné qui me permettrait de comprendre la pensée de Spinoza (comme beaucoup j’ai abandonné au bout de deux pages son Ethique, j’en ai encore des suées), le tout sous forme de roman pseudo-biographique… oui ça existe vrai de vrai et on le doit à Irvin Yalom. Attention, attendez-vous à un déluge de compliments car j’ai tout aimé, absolument TOUT ! De l’écriture en passant par l’histoire, les personnages, la morale, le rythme… TOUT ! Je mets un 19/20 (oui c’est mon côté tatillon) à ce roman qui a pris le parti d’imaginer (à partir de détails biographiques tout de même), un pan de la vie de Baruch Espinoza, le fameux philosophe Hollandais (et juif) du XVIIe siècle et celle d’Alfred Rosenberg, théoricien de la pensée nazie, farouche antisémite. Deux hommes qu’à priori tout oppose si ce n’est que pour son malheur, Alfred Rosenberg éprouvait une admiration sans bornes pour le philosophe. D’où un épineux problème de conscience : admirer un intellectuel juif et se sentir proche de la pensée d’une race jugée « inférieure » et « nuisible », est-il compatible avec son idéal aryen, celui qu’il incarne et défend avec tant de hargne et de conviction ? Soyons francs, cette idée de départ m’a tout de suite séduite. Alterner le jour et le nuit, la raison pure et la déraison c’était excitant et cela a parfaitement fonctionné du début jusqu’à la fin, sans aucune fausse note ni essoufflement. Les joutes verbales et philosophiques des deux personnages ont été un vrai plaisir de lecture, rythme et fond qui ont fait chauffer ma cervelle peu encline à la philosophie !

Je pourrais donner moult raisons pour lesquelles j’ai adoré ce roman (mais je pourrais écrire un roman alors refrénons-nous pardi !). Je me concentrerai sur certaines. Tout d’abord, Irvin Yalom n’est jamais tombé dans le cliché ou la facilité : d’un côté le gentil Spinoza (qui on l’apprend s’est caractérisé par un égoïsme farouche au nom de ses principes, préférant se couper de sa famille, les « isoler » au sein de la communauté juive plutôt que de renoncer à ses idéaux) ou le très méchant Rosenberg (qui bien que loin d’être un saint, était aussi et avant tout un pauvre type méprisé par les grands dignitaires nazis - Hitler le premier). Il me faut aussi ajouter que grâce à notre auteur, j'ai enfin compris les aspirations de Spinoza (qui l’eut crû) : la religion et ses dogmes tels qu’enseignés par les religions du livre sont irraisonnables et absurdes et de fait sont impossibles. Il ne s’agit que de mythes créés de toutes pièces par des hommes tout ce qu’il y a de plus mortels pour contrôler les peuples et non la véritable parole divine. J’ai enfin pu appréhender la richesse de sa pensée et ses fondements, le tout mis en lumière au moment où rejetant les dogmes du Judaïsme, Spinoza est mis au ban de la société juive d’Amsterdam, frappé d’un Hérem, c'est-à-dire l’excommunication à vie, combat de la raison pure contre le poids de la communauté et de ses croyances superstitieuses. Quant à Alfred Rosenberg, bien qu’ignoble dans sa bêtise et sa haine, Irvin Yalom en fait un personnage tourmenté et peu sûr de lui, recherchant en permanence l’approbation des autres ; l’assentiment et l’amour d’Hitler étant son but et obsession ultimes, un mirage.

Si avec tout ça vous hésitez encore je n'y comprends rien! Et pourtant, un roman intelligent, accessible, original, très bien écrit et enlevé, que demander de plus ?

Le problème Spinoza de Irvin Yalom, Livre de poche

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