Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Just kids, ce sont deux jeunes provinciaux qui eurent envie de croquer la vie à pleines dents, animés par le rêve et l’ambition de devenir des artistes à part entière, ces deux jeunes personnes ce sont Patti Smith et Robert Mapplethorpe, la chanteuse à texte que l’on connait (sa fameuse chanson We own the night), lui, le photographe scandaleux néanmoins talentueux. Just Kids retrace la rencontre de ces deux âmes sœurs artistiques à travers le regard mélancolique, plein de nostalgie et de tendresse de Patti Smith, qui choisit de rendre un vibrant hommage à son éternel ami, victime inconsciente et insouciante du SIDA dans les années 80.

L'artiste nous raconte le New-York bohême de la fin des années 60 et début des années 70, ce New-York d’Andy Warhol et des Velvet Underground, cette ville tentaculaire, véritable village d’artistes ouvert à la démesure, à la vie de bohême, ville des possibilités immenses et des ambitions démesurées, métropole assoiffée de tout ce que l’Amérique compte de talents, de têtes brûlées prêtes à tout, bernées par les mirages d’un succès fulgurant, d’une existence dénuée de préjugés, une ville ouverte sur les autres. Une ville d’excès, de débauche, de rencontres fortuites, d’amitiés éphémères et au milieu de tout cela la rencontre qui scellera le destin de ces deux âmes fragiles et sensibles, entrées en collision pour le meilleur et pour le pire, au service exclusif de leur art, vouant un culte à la liberté d’expression dans toutes ses formes. Patti Smith et Robert Mapplethorpe se trouvent d’abord amoureusement, vivant dans le quasi dénuement, des appartements minables aux chambres d’hôtel glauques et miteuses, parfois sans manger pendant deux jours, vivant de petits boulots, sacrifiant le peu qu’ils ont à l’assouvissement de leur passion : la littérature pour Patti Smith, fervente admiratrice des auteurs et poètes maudits de Rimbaud à Baudelaire, profonde amoureuse des mots qu’elle finira par mettre en poème puis en musique ; lui peintre génial et torturé qui se cherche une voie, une ligne conductrice, une sexualité. Leur amour et leur dévouement l’un envers l’autre les lieront d’une façon fusionnelle, quasi maternelle tout au long de leur vie, malgré les coups durs, les trahisons. La confiance qu’ils se portent l’un à l’autre, sûrs de leur talent et de leurs chances de réussite, s’épaulant coûte que coûte, voilà ce que nous raconte Just Kids. C’est tout simplement beau.

Patti Smith m’a transportée dans ce New-York plein d’une effervescence culturelle et sociale comme il n’en connaîtra pas d’autre, cette période charnière des années 60/70 que j’envie tant et qui me fascine. Sa plume est juste, tendre, lucide sans jamais tomber dans le pathos. L’amour et l’admiration qu’elle a portés à cet homme, la joie d’avoir vécu ces années de vache maigre qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui, tout cela m'a prise à la gorge. Aucun regret ne perce à travers ses mots, tout est assumé, revendiqué, comme une leçon de vie et de courage lancée à la face du monde, sa façon à elle aussi de magnifier l’optimisme, l’opiniâtreté, le fait de toujours croire en soi et en ses rêves. Un bel hymne à l’amour, à l’amitié, à l’art, à l’insouciance d’une époque révolue mais tellement magique. Just perfect.

Just kids de Patti Smith, collection Folio

Partager cet article

Repost 0