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Avec sa belle couverture dorée et son titre aux sonorités étranges, on peut dire que Karoo m’a d’emblée attirée comme un énorme œuf de Pâques Kinder après trois semaines de diète. Ce roman posthume (l’auteur est mort avant d’avoir apprécié le succès de son livre), avait tout pour me séduire : les élucubrations tragico-comiques d’un vieux looser aux prises avec la diabolique et sans pitié industrie du cinéma hollywoodien. Saul Karoo est un ghost writer, un homme de l’ombre dont le métier consiste à réécrire des scénarios pour les rendre bankable, en épurant au maximum l’intrigue, parsemant le texte des grosses ficelles qui assureront le succès immédiat du film, quitte à corrompre et dénaturer le propos de départ. Quinquagénaire ventripotent, alcoolique - son drame est de ne plus jamais être ivre -, fumeur impénitent, ours mal léché à la libido débridée, incapable d’affection pour son fils adopté, entretenant une relation plus qu’ambiguë avec son ex-femme (entre haine et mépris mais pourtant incapable de prononcer leur divorce), c’est l’incarnation du looser pathétique, conscient de la vacuité de sa vie, de son milieu social qu’il dénigre et de son absence de talent, sa cachant derrière celui des autres. En constante représentation, c’est aussi un homme touchant bien qu’antipathique, un harpagon attachant. Sorte de compagnons de route, nous suivons la repentance de notre antihéros qui tombe amoureux d’une jeune actrice sans talent, accessoirement la mère biologique de son fils adoptif. Comme illuminé par l’idée de se repentir et de "renaître", Saul Karoo va tenter de rattraper des années de mauvaise conduite avec son fils en ressoudant leur lien tout en réunissant le fils et la mère séparés à la naissance.

Drôle, sarcastique, satirique, décortiquant avec dérision la société américaine, le milieu requin du cinéma, vilipendant sans vergogne les pseudos intellectuels new yorkais, Steve Tesich - lui-même scénariste pour Hollywood - nous livre un roman acerbe, qui après avoir démarré sur les chapeaux de roue, continue son rythme de croisière, n’épargnant personne sans jamais tomber dans le règlement de compte de mauvais goût. Son écriture est sèche, sans équivoque, elle épingle là où il faut avec humour et finesse, ce qui m’a fait passer un agréable moment de lecture sans langue de bois.

Petit bémol cependant pour le dernier tiers du roman qui selon moi s’essouffle un peu, le personnage de Saul Karoo devenant un brin bavard ce qui m’a légèrement lassée et perdue quant au propos du livre et de sa conclusion. Mais rassurez-vous, cela n’enlève rien au talent de Steve Tesich et mon impression générale reste bien plus que positive, le premier tiers du livre valant à lui seul le détour.

Karoo de Steve Tesich, collection Points

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