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Herra va bientôt mourir, ce n’est qu’une question de jours. Et puis elle en a marre, tellement marre qu’elle a d’ailleurs pris rendez-vous avec le crématorium local pour son incinération, bien décidée à choisir le jour exact de sa mort. Terrée dans son garage avec pour seule compagne une grenade explosive, son unique lien avec le monde extérieur se résume à son ordinateur où elle mène une cyber vie remplie, et ses deux aides à domicile. Herra est légèrement acariâtre, conchie ses enfants dont elle s’est un peu occupée, a beaucoup voyagé, rencontré pas mal d’hommes, vécut nombre de bouleversements politiques, la Seconde guerre mondiale figurant en tête.

Petit bout de femme islandaise, Herra se remémore son passé : son enfance sur une île reculée, sa mère, femme-courage, son père, seul Islandais nazi officiellement connu qui a combattu aux côtés des Allemands, son grand-père, premier président de la jeune république d’Islande, les hommes de sa vie. Tout y passe dans un joyeux chaos littéraire, tout sens dessus-dessous et c’est assez jubilatoire. Vieille femme aigrie, Herra n’épargne personne. Sa vie n’a été qu’un perpétuel combat de chaque instant. Refugiée sous les bombes alliées, perdue en pleine campagne polonaise, violée, maltraitée, elle connaîtra pourtant l’amour, l’amitié, la trahison, l’abandon, mue par un instinct de survie merveilleux et cette volonté de fer qui lui feront croquer la vie à pleines dents, parfois au péril de sa vie. Elle aimera et détestera avec la force et la fougue d’une furie farouchement éprise de liberté.

Hallgrimur Helgason nous livre le portrait d’une femme en marge de son époque, foncièrement cynique, profondément attachante qui tire le bilan de sa longue vie sur terre, sans jamais regretter aucun de ses actes, aucun de ses choix. Sereine face à sa mort imminente, elle balaye de son regard acéré le monde d’hier et d’aujourd’hui, avec une morgue jubilatoire. Hallgrimur Helgason a une plume percutante et offre à travers son personnage des bijoux d’humour noir et de cynisme, de véritables perles littéraires. Sa prose est un coup de poing constant qui surprend, terrasse, fait rire, ne laisse pas indemne. Je pourrais dresser une liste infinie des phrases qui m’ont assommée, et le pire c’est que j’en redemande. Vieillesse, décrépitude, abandon, politique politicienne, écologie, économie, avenir de l’Islande, de l’Europe, du monde, tout y passe. La femme à 1000° est une réussite à tout point de vue, un roman sensible et intelligent. Impossible de ressortir intact de ce type de lecture mais à quoi servirait la littérature sinon. En résumé, ne passez pas à côté d’Herra.

La femme à 1000° d’Hallgrimur Helgason, Presses de la Cité

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