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Ce roman est ma deuxième rencontre avec l’auteur barcelonais à qui on doit le très bon La tristesse du samouraï que je vous recommande chaudement. Mais là n’est pas mon propos, focalisons-nous sur La maison des chagrins, titre prometteur qui ne nous donne pas franchement envie de nous précipiter dessus et là je vous dis erreur ! Vous passeriez à côté d’un très bon et beau roman noir. Ici, il est question de tristesse (au cas où vous ne l’auriez pas deviné :)) et de vengeance, de solitudes qui se croisent au cœur d’un Madrid froid et pluvieux qui se fait comme l’écho de toute cette misère sourde qui transpire à chaque page du roman et préside à chacune des destinées des personnages. Le point de départ est le suivant : un peintre alcoolique et dépressif brisé par la mort tragique de sa femme et de sa fille, est engagé par une riche et virtuose violoniste pour peindre le portrait de l’assassin du fils de celle-ci. Cette étrange requête est seulement motivée par le souhait de cette femme de ne jamais oublier le visage du meurtrier de son fils, de celui qui a brisé sa vie à tout jamais. Autour d’eux gravitent d’autres âmes perdues : l’assassin du fils chéri, homme d’affaires qui vient de purger sa peine de prison, son acolyte de cellule, Arabe au passé lourd de secrets, un jeune asiatique androgyne qui vend son corps par amour, une mère de famille esseulée qui élève sa fille un peu spéciale, et bien d’autres encore. Tous sont animés par la vengeance et le désespoir. Personnages torturés et complexes, les fils de leur destin sont imbriqués les uns aux autres, nous le découvrons au fur et à mesure de notre lecture.

Je l’avoue, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire : je ne savais pas trop où Victor Del Arbol souhaitait nous emmener. Et puis au fil des mots, apprenant à connaître chacun des personnages, le déclic s’est opéré et tout a pris sens. Pour résumer, difficile de lâcher le livre. Bien que d’une parfaite noirceur, j’ai été séduite par l’écriture de Victor Del Arbol, d’une profonde empathie et d’une belle musicalité, qui nous offre de touchants portraits à leur manière, au-delà de leurs failles et de leurs plus inavouables secrets. Rien n’est jamais ni tout blanc ni tout noir dans la vie et comme en littérature l’auteur se fait le chantre de cette dualité. Pari réussi pour Victor Del Arbol qui est décidemment un admirable conteur.

La maison des chagrins, Victor Del Arbol, Actes Sud

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