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Un dîner entre frères dans un restaurant, quoi de plus naturel en somme. Accompagnés de leurs épouses respectives, ils peuvent converser à loisir sur les enfants, leur carrière, leurs amis, bref discuter comme deux membres unis par le même sang devraient le faire. Oui mais ce serait si simple, si banal et soyons honnêtes, le but de la rencontre n'est pas là ; le décor est d'ailleurs planté dès les premières lignes du roman. Car nos deux frères que tout oppose, l'un politicien charismatique auréolé de succès, bientôt élu 1e ministre des Pays-Bas, l'autre prof plutôt discret, représentatif de la classe moyenne, ces deux frères sont réunis pour parler d'une chose grave, d'un événement qui va bouleverser leur quotidien, un cataclysme qui va les secouer et tout remettre en question, un acte indicible commis par leurs fils respectifs, adolescents pourtant tranquilles... Là est le but unique de leur rencontre car plus rien ne les relie à part ça. Alors ressortons pour l'occasion la bonne vieille hypocrisie et mentionnons la chose, entre le plat et le dessert. La tension augmente au fur et à mesure du dîner, scandé par l'arrivée des plats servis par un trouble-fête, un maître d'hôtel obséquieux qui par ses intrusions, retarde l'échéance fatale. Ce repos permet à Paul (le prof), de se remémorer certains faits du passé, d'analyser ses rapports avec son frère aîné, l'hypocrisie de leurs relations, le gouffre qui les sépare mais également les clefs pour comprendre comment son fils chéri, son unique progéniture, a pu commettre l'acte qu'il a découvert par hasard sur son smartphone.

Vous l'aurez compris, une mise en scène très théâtrale au service d'un huit clos étouffant, fait de tensions, de non-dits, valse des faux-semblants. L'écriture d'Herman Koch est oppressante, dérangeante, elle colle, poisseuse, et nous plonge au cœur de la violence qui peut revêtir l'apparence de la plus parfaite bienséance. Et surtout, ce roman nous amène à nous interroger : que ferions-nous, nous parents, face aux actes irréfléchis et immoraux de nos enfants ? Face à quel dilemme, à quel choix serions-nous confrontés? Privilégierons-nous la morale ou le lien du sang ? Et surtout, sommes-nous responsables des actes de ceux que l'on a élevés ? Autant de questions soulevées par Le Dîner qui mérite le coup d'œil même si (en accord avec l'avis général), je le trouve dérangeant et desservi par un rythme parfois poussif. Mais la curiosité malsaine qui nous caractérise, nous vilains lecteurs, nous empêche de fermer le livre. Reconnaissons donc un certain talent à Hermann Koch qui sait fichtrement bien ménager son suspense tout en nous servant une galerie de personnages ambiguës, pris au piège de leurs propres contradictions.

Le dîner d'Herman Koch, collections 10/18

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