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L'Irlande est omniprésente dans ce roman, oui tout à fait, ne vous fiez pas au titre. Enfin pour être exacte disons que ce roman est un bout d'Irlande niché au cœur de ce territoire américain qu'est le Maine, état sauvage balayé par le vent et les embruns de l'Atlantique, assailli de touristes l'été, attirés comme des mouches par son côté pittoresque, so old fashioned. Cette terre qui peut sembler inhospitalière est le territoire de quatre générations de femmes, de purs produits de l'immigration irlandaise, 4 femmes au caractère bien trempé, quatre destins que tout oppose, qui s'entrecroisent et s'expriment à travers ce roman, donnant toute l'ampleur de leurs frustrations, de leurs regrets, de leurs rêves et de leurs espoirs. Notre quatuor est dominé par Alice, la matriarche, la granny, coquette et très lunatique, tendance acariâtre. Elle régente sa grande fratrie d'une main de maître, alternant effusions et gestes tendres avec la plus parfaite froideur parfois même cruauté, surtout quand il s'agit de sa fille aînée, Kathleen (55 ans), l'électron libre, la rebelle, celle qui l'a toujours rejetée et ne masque pas la rancœur accumulée contre cette mère intransigeante un brin castratrice. Et puis il y a Maggie, la fille de Kathleen, la petite-fille trentenaire un peu paumée, en recherche perpétuelle de stabilité, elle qui a connu tant de souffrances avec l'alcoolisme de sa mère et la désintégration du mariage de ses parents. Enceinte d'un bellâtre instable (une sacrée raclure à qui j'ai eu envie de tordre le coup tout du long !), pourtant bien décidée à élever seule son enfant, elle vient se réfugier au cœur de la vaste demeure familiale du Maine, là où elle a connu ses instants de bonheur et d'innocence les plus marquants, protégée au sein du cocon rassurant de la famille. Enfin, nous avons Ann Marie, la belle-fille, parfait exemple de la housewife américaine accomplie, pas un pli sur le chemisier, jamais un mot de travers, jamais d'effusions, toujours sous contrôle, les apparences sont essentielles vous voyez. Femme fidèle, mère dévouée, elle se sent pourtant abandonnée et frustrée car les enfants sont grands, son mari travaille beaucoup, que faire sinon ressasser le passé et faire le bilan de ses choix ?

Rien de grave, pas d'événement perturbateur ne viendra bouleverser notre histoire. Et pourtant, vous passeriez à côté d'un beau roman. J Courtney Sullivan nous sert de beaux portraits de femmes, fragiles à leur manière, portés par une écriture subtile et une vraie fluidité et justesse dans les dialogues. J'ai été séduite par ces héroïnes touchantes et attachantes à leur manière (même l'horrible Alice et pourtant quelle vieille carne !), ressentant une véritable empathie vis à vis de leurs états d'âme. Dur d'être une femme, que l'on soit dans les années 40 ou de nos jours. Et puis, j'ai été transportée par les descriptions de ce Maine impétueux. Je me suis vue balayée par le vent marin, arpentant avec les héroïnes les hauteurs verdoyantes, dominant le vaste océan ou encore, emmitouflée dans une couverture, une tasse de thé et des muffins à portée de main. Mais méfiez-vous. Car sous l'apparente tranquillité de ce roman choral, tout est en ébullition, ne demandant qu'à exploser à la surface. Pour clore cette critique (c'est mon côté militant suffragette) je dirais que Maine est un roman de femmes où les hommes en prennent pour leur grade mais c'est pour la bonne cause !

Maine de J Courtney Sullivan, collection Livre de Poche

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