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Roman historique, roman d’amour, roman de haine. Clara Dupont-Monod donne libre cours à son imagination débordante et sa verve inspirée (basée sur un travail de recherche minutieux) et donne la voix à uns des personnages historiques les plus marquants du Moyen-âge, Aliénor d’Aquitaine. On a beaucoup devisé sur ce personnage ô combien charismatique, seigneur d’un vaste royaume allant de Poitiers jusqu’à Bordeaux, femme guerrière et intransigeante, courtisée par les plus grands d’Europe, célébrée par les troubadours de langue d’Oc, femme dure et dont on a vanté la grande beauté (alors qu’il ne reste aucun portrait d’elle). C’est à cette femme cruelle et passionnée que Clara Dupont-Monod donne la parole dans un monologue impétueux qui retrace les sentiments de cette souveraine, mariée au roi de France Louis VII, entre le moment où elle rencontre son futur époux et celui du divorce, soit environ 15 ans. Cette période de sa vie est dépeinte par l’auteure comme une parenthèse douloureuse et insupportable aux yeux d’Aliénor, car disons-le, elle déteste son mari, Louis VII, souverain mou et sans volonté d’un royaume de France moribond et si petit comparé à l’Aquitaine, homme pieux et de paroles, administrateur plutôt que roi guerrier, elle qui magnifie les vertus chevaleresques : force, violence, cruauté et hédonisme. Le roman alterne le point de vue outré d’Aliénor, persuadée d’avoir fait une mésalliance et celui de Louis VII, penaud et transi d’amour pour sa reine et qui ne sait comment la rendre heureuse, prêt à toutes les compromissions pour gagner son cœur.

Clara Dupont-Monod n’y va pas avec le dos de la cuillère dans l’étalage des sentiments d’Aliénor, d’une grande violence, méprisant son mari et ce qu’il représente, nostalgique du passé glorieux de son royaume. A l’inverse Louis VII fait grande peine, homme amoureux, dicté par des sentiments sincères et non payés de retour. C’est tellement excessif que c’en est pitoyable et qu’on ne peut éprouver que compassion pour lui. D’abord séduite par la prose enflammée de Clara Dupont-Monod qui sait transcender le monologue, y’a pas à dire, je me suis quelque peu lassée du procédé de la double narration. Le récit s’essouffle vers la fin et Aliénor devient si odieuse et si cruelle que j’ai fini par ressentir la gênante sensation d'être agressée. Quant à Louis VII, j’en suis arrivée à vouloir le secouer un bon coup afin qu’il réagisse !

Mais dans l’ensemble Le roi disait que j’étais diable est un bon roman historique qui sait capter jusqu’au bout et qui ne laisse pas indifférent. C’est un roman qui nous éclaire un peu plus sur cette période charnière qui débouchera quelques années plus tard sur le carnage que fut la Guerre de Cent ans.

Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod, éditions Grasset

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