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Un officier du renseignement israélien, plus habitué aux interrogatoires musclés qu’à la discussion philosophique autour d’un Earl grey, va s’adoucir au contact de deux écrivains pacifistes : une ancienne prodige de la littérature israélienne et un poète palestinien, sage et altruiste. Pourquoi ? Parce que le fils chéri du poète palestinien est un activiste terroriste ultra recherché et que le seul moyen de l’approcher (et accessoirement de le tuer) est d’utiliser son père sur le point de mourir d’un cancer qui le ronge. Tel est le résumé de ce roman du très prometteur Yishai Sarid (dont le père est un membre éminent de la gauche israélienne et militant pour la réconciliation israelo-palestienne). En revanche, ne vous laissez pas berner par la quatrième de couverture qui vous promet un thriller psychologique dès plus classiques, mâtiné de traques dans les bas fonds de Gaza car vous risqueriez de déchanter. De duel psychologique comme on peut l’entendre en temps ordinaire, il n’en est pas vraiment question. De traque impitoyable non plus. Nous avons plutôt affaire aux états d’âme d’un homme usé par son sens élevé du devoir : celui de sauver son pays de toute menace extérieure comme intérieure et pour qui la fin justifie les moyens, quitte à bafouer les droits fondamentaux de l’homme. Un homme qui a dépassé les limites et se sent acculé. Un homme qui commence à se remettre en question au contact de ces deux artistes, activistes pacifistes, un homme et une femme que tout oppose et qui sont pourtant amis inséparables, un duo qui lui offre une vision différente des rapports de force, un monde où la paix pourrait être possible.

Alors oui, l’histoire relève du miracle, oui elle n’est en rien probable quand on y pense. Oui Yishai Sarid s’apparente à un doux rêveur et alors ?! Le temps d’une centaine de pages fulgurantes, laissons-nous emporter par cette illusion. Laissons-nous séduire par ce duo de poètes si sensibles et pourtant loin d’être parfaits, par cet officier qui perd peu à peu pied et auquel on s’attache au fil des mots. Faisons semblant de croire que cela a un sens et est possible.

Le poète de Gaza de Yishaï Sarid, collection Babel Noir

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