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Pour venir à bout de ce pavé de quasiment 800 pages, il m'aura fallu pugnacité et courage. Non pas que ce roman m'ait semblé comme la traversée du désert par Moise et les Hébreux. Au contraire, voguer à travers le destin d'Eileen sur plus de 50 ans s'est révélé plein de belles surprises, de beaux moments de vie mais aussi d'amères déconvenues. Eileen appartient à cette catégorie très fermée des héroïnes peu attachantes (et oui c'est ainsi), dont l'opiniâtreté et les rêves chimériques, son obsession à tout réussir et à attendre de sa famille la même perfection, tout cela combiné provoquent un effet "j'aimerais bien lui tordre le cou à cette vieille peau". Néanmoins, comment juger ce petit bout de femme qui a toujours dû se battre pour obtenir ce qu'elle voulait, à la seule force de son courage et de ses efforts, elle la fille d'immigrés irlandais, pur produit new yorkais, qui a combattu dès son enfance populaire un père charismatique mais joueur et une mère alcoolique incapable de témoignages d'affection. Rien n'est jamais tombé tout cru dans la bouche de la jeune Eileen. Alors puisque ses parents n'ont pu lui offrir la vie qu'elle mérite, elle se la construira : des études, un mari ambitieux, des enfants aimants et bon élèves, une magnifique villa en banlieue côtoyant les cyprès centenaires et les belles avenues bien entretenues. Mais la vie est ainsi faite que rien ne se passe jamais comme on l'imagine. Des études oui, un mari aimant oui, un fils oui. Mais d'ambition, de charisme, de villa victorienne, d"aisance matérielle, très peu. Eileen touchera du doigt ses rêves qui resteront toujours de l'ordre de l'illusion. Eileen traverse les décennies chaque jour un peu plus esseulée, un peu plus déçue mais toujours au fond d'elle cette envie de réussite, ce besoin de montrer aux autres qu'elle aussi, la fille d'immigrés, peut accéder au plus beau, à la vie facile vantée par les magazines de décoration chic. Jusqu'à ce qu'un drame chamboule tout. Je n'en dirais pas plus.

Au début j'avoue ne pas avoir compris où voulait en venir Matthew Thomas : pourquoi nous servir une héroine si peu attachante que l'on va devoir suivre durant 800 pages? J'ai failli abandonner. Et puis petit à petit je me suis laissée emporter par ce portrait de femme, si imparfaite, par son mari lui si attachant, par son fils tête à claques qui espère juste l'affection de sa mère qui reproduit son propre schéma familial. Matthew Thomas évite tous les écueils : l'apitoiement, le misérabilisme, l'excès lacrimal. Sans jamais sombrer ni dans le pathos ni dans le profond agacement, il nous conte un bout de vie, celui d'une femme comme les autres, banale, et de sa famille elle-aussi banale, et nous donne à réflechir sur nos propres attentes, nos propres réalisations : qu'avons-nous fait après tout ? Sommes-nous si irréprochables ? La recherche du confort matériel, ce besoin de représentation continuelle nous ont-ils fait perdre des yeux l'essentiel ? Autant de reflexions posées par ce roman et pour ça je remercie les éditions Belfond et Babélio de m'avoir soumis ce livre.

Nous ne sommes pas nous-mêmes de Matthew Thomas, éditions Belfond

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