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Le moins que l’on puisse dire concernant Ruth Ellis c’est que son destin était de ne pas être heureuse. Plus poissarde qu’elle c’est difficile. Violée adolescente par un père alcoolique, flouée par un jeune soldat canadien en mission à Londres qui après lui avoir promis monts et merveilles et fait un marmot, file à l’anglaise rejoindre bobonne dans la mère patrie, entraineuse puis prostituée, amante passionnée, femmes battue et bafouée, non vraiment rien ne lui a été épargné. Peut-on faire plus sordide ? Et bien oui, en finissant pendue pour le meurtre de son amant violent et méprisable qui la traitait comme une moins que rien ! Ce récit à l’absolue « glauquerie » (avec en prime un temps pluvieux so british sans cesse présent) est basé sur une histoire vraie qui a défrayé la chronique judiciaire anglaise des années 50. Ruth Ellis aura tellement ému l’opinion publique, elle la pauvre fille par excellence, que la peine de mort sera remise en cause puis abolie par la suite. Didier Decoin s’empare de ce fait divers et nous livre la descente aux enfers de cette nymphette, Marylin Monroe des bas quartiers de Londres qui n’aspirait qu’à devenir actrice. Il met en parallèle de son histoire celle de l’homme dont le métier est d‘appliquer la loi, l’exécuteur de sa majesté, beau métier s’il en est, lourd de conséquences…Ces deux âmes se sont d’ailleurs rencontrés une première fois, avant d’être réunis par le froid baiser de la mort au bout d’une corde. Notre bourreau est un homme humble, consciencieux qui aime son métier et le fait avec cœur. Respectueux des condamnés à mort, son objectif est de leur épargner une souffrance inutile par un réglage minutieux des paramètres morbides : longueur de corde, poids, matière…

Didier Decoin nous offre deux beaux portraits, deux destins radicalement opposés et profondément touchants. Je n’aurais d’ailleurs jamais cru avoir de l’empathie pour un bourreau et éprouvé autant de rage contre cette naïve (et parfois stupide) Ruth Ellis qui se meurt d’amour pour son amant atroce alors qu’il la souille psychologiquement et physiquement ! Pas de manichéisme, ni de grosses ficelles dramatiques, le fil de ces vies est déroulé de manière pudique, contenant à elles seules toute l’émotion nécessaire. C’était ma première immersion dans l’œuvre de Didier Decoin et je ne suis pas déçue. La pendue de Londres se lit rapidement, émeut le lecteur, soulève des pistes de réflexion autour de la peine de mort et de sa légitimité et nous offre en sus un aperçu de l’état d’esprit de l’époque. Un court roman que je recommande ne serait-ce que pour le sujet.

La pendue de Londres de Didier Decoin, Livre de poche

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