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Attention, critique superlative en vue ! Vous les sceptiques, les cyniques, ceux qui se méfient comme de la peste de l’ultra positivisme littéraire, de la critique au concentré de guimauve, passez votre chemin. Car je vais entamer le marathon du hyper/super/mega/giga et des superlatifs à gogo. Commençons : j’ai ADORE, j’ai surkiffé, j’ai surmegagigaaimé, Toutes les vagues de l’océan du catalan Victor del Arbol. La sentence est tombée, le couperet ne laisse plus de place au doute. Quelle claque ! Je suis restée en apnée, me trimballant ce lourd pavé de plus de 600 pages dans les transports en commun, entre deux RER, sur le quai, me calant bon gré mal gré parmi la foule que j’ai apparemment gêné avec l’objet de mon affection romanesque (soyez indulgents d’habitude je carbure au livre de poche).

Toutes les vagues de l’océan concentre tous les thèmes chers à Victor Del Arbol : quête du passé familial et poids des secrets, vengeance par-delà les décennies, fatalité (les fautes du passé se répercutant forcément sur le présent), spleen et désillusion, période sombre de l’histoire espagnole et faux-semblants. Tous ces thèmes s’imbriquent au fur et à mesure pour nous livrer une délectable sarabande qui va crescendo, jusqu’au dénouement forcément surprenant et qui vous laisse abasourdis (c’est toujours le cas avec les romans de Del Arbol).

Gonzalo Gil est un avocat quadragénaire plutôt mou (si ce n’est médiocre), englué dans un mariage morne avec une épouse à la fortune familiale indéniable. Acculé à s’associer à son beau-père, brillant avocat barcelonais qui le presse d’accepter en ne l’épargnant pas d’un mépris de classe, il tente tant bien que mal de mener sa barque. Jusqu’au coup de fil qui va tout changer : sa sœur ainée (avec qui il n’a quasiment plus de contact), effondrée d’avoir perdu son fils de 10 ans, Roberto, assassiné par un mafieux russe (sur qui elle enquêtait), s’est suicidée. Tout n’est pas clair dans cette histoire et Gonzalo Gil ne tarde pas à le découvrir à ses dépens. Trafic d’êtres humains, esclavage sexuel des enfants, pots de vins, magouilles immobilières, notre avocat se trouve vite empêtré dans les fils de la Matriochka, sorte d’organisation mafieuse aussi sombre qu’insaisissable. Parallèlement, nous suivons les jeunes années d’Elias Gil, le père de Gonzalo, jeune ingénieur idéaliste et communiste, parti visiter l'accueillante URSS stalinienne ; nous sommes en 1933. Convaincu d’avoir atteint en ce sol communiste la quintessence de l’idéal de partage, de fraternité et d’égalité, il perd très rapidement ses illusions en étant envoyé sans aucune forme de procès (et sur simple accusation de trahison) dans l’antre de l’enfer, aux confins des marges de la Russie civilisée. Il y rencontrera l’amour dans les bras de la belle Irina, mais aussi ce que l’être humain peut avoir de plus haineux en la personne d’Igor Stern, l’indicible aussi. Il en ressortira vivant mais ne sera plus jamais le même : quand on rencontre l’horreur, en sort-on soi-même épargné ? Ne devient-on pas finalement, poussé à des choix extrêmes, ce qu’on a toujours refusé d’incarner ? Ce lourd passé familial, qui sème sur sa route tant de drames, emportera avec lui toute une famille mais aussi des gens innocents, des camps staliniens au camp de réfugiés espagnols d’Argelès sur Mer, de la Barcelone républicaine à l’Espagne franquiste, et jusqu’à aujourd’hui.

Je pourrais écrire des pages entières tant j’ai aimé ce roman. Mais je préfère vous en laisser découvrir toutes les subtilités et vous laisser happer par la force des sentiments en jeu et cette imbrication de destins. Vous serez embarqués sur le grand huit de l’histoire, malmenés par des révélations successives qui vous feront douter. Vous serez émus et choqués tout à la fois, estomaqués par le talent de Victor Del Arbol qui nous livre un récit sombre et sans concession. Peu d’espoir dans ce roman mais tant de passion ! KO j’ai été, et KO je suis encore à l’heure où je rédige cette critique. Indéniablement mon énorme/mega/giga coup de cœur 2015 !

Toutes les vagues de l’océan de Victor del Arbol, Actes Sud

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