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Chose rare, j'ai d'abord vu le film (il y a au moins 5 ans) avant de sauter le pas et de lire le roman. Pourtant c'était loin d'être gagné car le film m'avait laissée sur ma faim et un peu dubitative. Mais devant l'assemblée des lecteurs enthousiastes à propos de ce que la presse qualifie de chef-d'oeuvre, j'ai pris mon courage à deux mains... pour mon plus grand non regret ! Je n'irai pas jusqu'à affirmer avoir lu un chef-d'euvre, non. Mais il faut bien reconnaître que le roman porte une toute autre dimension que son petit frère du 7e art. Ces 3 destins de femmes en décallage avec leur temps et surtout avec les attentes de leur entourage respectif, ces destins imbriqués dont on finira par découvrir le lien à la toute fin, ces quelques heures de leur journée qu'on nous laisse apercevoir, témoins muets de leur désarroi, sont comme autant de bulles suspendues dans mon propre quotidien. Je ne me suis pourtant pas reconnue dans ces destins : Virginia Wolf, l'écrivain ambigue et surbversif, retenue contre son gré en convalescence dans la banlieue londonienne, elle qui ne vit qu'à travers le regard d'une foule multicolore et interlope de son Londres bien aimé, sa ville bruyante, synonyme d'excès ; Clarissa Dalloway, écrivain bourgeoise et lesbienne du New York de la fin 90, qui prend conscience que la mort imminente de son meilleur ami, poète atteint du SIDA, signifie aussi la fin d'une époque où seuls la liberté, la soif de création et l'amour libre de toute entrave avaient du sens. Enfin, Laura Brown, cette parfaite femme au foyer de la Californie du début des années 50, empêtrée dans un mariage contracté par manque de volonté, avec un héros de guerre, un brave gars du pays qui ne songe qu'à mener une vie paisible et rangée loin du tumulte des bombes et de la mort, union qui ne la comble pas et l'oppresse malgré ses efforts pour donner le change. Ces 3 femmes, nous les regardons tenter de se dépêtrer d'une situation qui ne leur convient pas. L'espace de ces quelques heures, le temps est comme suspendu ; nous lecteurs sommes aussi suspendus aux possible décisions qu'elles pourraient prendre et impacteraient le cours de leur vie. Pas d'actions certes mais des interrogations, d'incessants va et viens dans le passé et des reflexions sur la nostalgie de ce qu'on aurait pu être ou de ce qu'on a perdu. Les Heures m'a comme entourée d'une bulle de coton au coeur de l'intimité de ces héroines avec lesquelles je n'ai rien en commun. Michael Cunningham a réussi le tour de force d'impulser du souffle romanesque tout en distillant un véritable suspense à ce récit qui ne le laissait pas présager. De sa prose simple et léchée, il a su dépeindre avec une grande justesse, les myriades d'émotions à fleur de peau de ces femmes. Rien que pour la prouesse, je conseille ce roman qui vous menèra ailleurs le temps de quelques heures.

Les heures de Michael Cunningham, 10/18

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