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Cocottes en goguette éparpillées aux quatre vents, bourgeois ventripotents et égoïstes suffocant loin de leur cher Paris, rombières bourgeoises affublées de familles nombreuses, petit peuple traînant ses guêtres le long des routes, tout ce beau monde projeté au cœur du chaos que fut l’exode au printemps 1940, reprend vie à travers la plume d’Irène Némirovsky. Par le prisme de son regard sans concession, scrutateur et intransigeant, l’auteur qui connut également cet épisode douloureux, nous livre à chaud cette expérience traumatisante pour des millions de Français jetés sur les routes. Cela est d’autant plus remarquable qu’elle l’a écrit dans une quasi immédiateté (à peine 2 ans plus tard) et relève le défi d’y apporter un certain recul (bien qu’on y perçoive, à travers sa prose incisive, une critique à peine voilée des excès de comportements engendrés par cet épisode). Suite française se voulait comme une peinture sans concession de cette France occupée, une saga débutant avec l’exode et l’arrivée imminente des Allemands et poursuivant avec le quotidien d’une poignée de Français sous le joug nazi, les uns lâches et collabos, les autres entamant la résistance. Malheureusement Irène Némirovsky sera arrêtée puis déportée avant d’avoir pu finir son œuvre. C’est sa fille Denise Epstein qui cachera les 2 premiers tomes du roman et finira pas les faire publier 60 ans plus tard. Ma lecture de cette œuvre fut d’autant plus teintée d’émotions quand on sait qu’Irène Némirovsky ne reviendra jamais des camps.

Le deuxième tome de Suite française – Dolce - (celui qui a été adapté au cinéma récemment) s’intéresse à la vie d’une poignée de villageois d’un patelin paumé du centre de la France. Il esquisse une idée d’un quotidien, quasiment un huit clos, au contact de l’ennemi qui prend une place importante au cœur de leurs intimités. Plus calme que la première partie dont le rythme est à l‘image de l’émotion et de la houle induites par l’Exode, Dolce, plus intime, se lit posément, disséquant avec précision et acuité le ressenti des personnages aux prises avec l’occupant allemand et comment au final on s’accommode de tout dès lors qu’une routine s’installe.

Témoignage d’une période sombre et trouble des premières années de l’Occupation, Suite française est un ouvrage qui se lit à la fois comme un roman, un reportage et un testament. Pour avoir lu d’autres romans d’Irène Némirovsky, j’ai trouvé que Suite française concentrait l’essence même du talent de cette femme de lettres remarquable. Poignant par la portée de ce roman et son destin, acerbe par le regard porté sur cette période, Suite française ne peut vous laisser indifférents.

Suite française d'Irène Némirovsky, Folio

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