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Quand Babelio m’a généreusement sollicitée pour critiquer un roman à choisir parmi pléthore d’autres livres, j’ai opté pour De pareils tigres. L’été approchant, j’avais sûrement envie d’évasion. Du coup un roman ayant pour scène Tahiti et la Polynésie me vendait suffisamment de rêve et je me suis donc laissée tenter comme une touriste à l’affut d’un peu d’exotisme. Bon tout n’est pas vraiment exotique ni tout rose dans notre récit qui reprend un fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire à la fin du XIX en France : celle des frères Rorique accusés d’avoir détourné un navire rempli de biens « vendables » et d’avoir assassiné la quasi-totalité de l’équipage. Accusés par le seul survivant, le cuisinier (loin d’avoir un passif irréprochable d’ailleurs, bref), ils sont arrêtés, jugés militairement à Brest avant d’être envoyés au bagne de Cayenne. Voilà pour le résumé en trois lignes chrono de notre roman. Mais la force et le talent de Jean-Marie Dallet (même s’il m’a perdue avec l’usage excessif de termes de marine, je n’y entends rien à tout ça) est d’avoir rendu picaresque et haut en couleur ce drame judiciaire. L’alternance des points de vue : ceux des frères (Joseph et Alexandre Rorique) au caractère bien trempé (ripailleurs, fornicateurs, menteurs, voleurs et tueurs ?), celui des protagonistes (réels ou inventés) ayant été - de près ou de loin - en lien avec cette histoire. On y retrouve ainsi Gauguin, en pleine déprime artistique ou encore l’écrivain joseph Conrad venu trouver matière à ses romans. Tout concoure à faire croire que notre duo fraternel diabolique a bien détourné le navire et tué ses occupants sans aucun scrupule ; le récit qui en est fait par le cuistot donne d’ailleurs froid dans le dos. Mais, et en cela cette affaire restera à jamais une énigme, en dépit de caractères bien trempés et de preuves accablantes, cette culpabilité sera toujours mâtinée de circonspection. On ne saura jamais vraiment si les frères Rorique sont bel et bien coupables de ce crime. Bravo donc à Jean-Marie Dallet qui a su restituer avec brio cette confusion dans les esprits et des contemporains de l’affaire et dans celui du lecteur. Frustrant pour moi mais d’un autre côté, intéressant et déconcertant. Et j’apprécie ! On pardonnera quelques légères longueurs et comme je le disais, cet usage à outrance des termes de marine. Je remercie donc Babelio et les éditions Libretto pour ce beau partenariat.

De pareils tigres de Jean-Marie Dallet, collections Libretto

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