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Imaginez une forêt marécageuse, moite et suintante. Mais ne nous arrêtons pas là. Imaginez des reptiles sympathiques grouillant sous vos pieds, des alligators affamés à l’affut du manant inconscient, des nuées de moustiques et autres bêtes suceuses de sang pullulant par milliers, bienvenue dans le bayou de Louisiane au cœur de la concession forestière Aldridge ! Nous sommes en 1920 ; les USA ont eu un aperçu des ravages de la 1e guerre mondiale. Mais pour l’heure, l’industrie américaine bat son plein et réclame ses stères de bois pour poursuivre son insolente croissance. La concession Aldridge qui fait dans le bois local, est tenue d’une main de maître par deux frères : Randolph, le cadet, gère la concession pendant que Byron l’aîné, le fils prodigue revenu traumatisé de la Grande guerre (écoutant la larme à l’œil son phonographe comme une vieille fille amoureuse taquinant de la bouteille), occupe le poste de constable, homme de loi régnant sur ce microcosme humain qu’est la scierie, charriant son lot de travailleurs plus ou moins lettrés, hommes blancs comme de couleur, soulards, queutards en tout genre, grenouilles de bénitier, braves pères de famille, prostituées aguerries… Bref, une ville catalysant tout ce que la Louisiane offre en matière de population locale. Pas facile la vie à la scierie, rythmée par la cadence des énormes machines et le bruit infernal émis par ces monstres d’acier, odeurs de fumée, de bois, de sueur et de marécage entremêlées. Mais tout irait presque pour le mieux si une famille mafieuse siciliano-américaine, les Buzetti, ne tenait en otage - par l’alcool et le jeu - les travailleurs de la scierie au cœur du seul saloon du coin, théâtre de multiples débordements. Le dernier arbre est donc le récit de ce duel au sommet entre les frères Aldridge et les Buzetti, simili western sur fond de bayou.

Autant vous dire que j’ai été emportée par ce roman pesant sublimé par l’écriture aigue et poétique de Tim Gautreaux. Je me suis vue arpenter ce marécage inhospitalier, débiter des stères de bois à la chaîne, boire mon whisky attablée au comptoir du saloon ou tapant le carton avec les collègues. L’atmosphère de ce roman m’a tout simplement séduite. L’histoire en elle-même est de plus classiques mais quand elle est portée par l’écriture puissante de Tim Gautreaux, si imagée, on ne peut que se laisser tenter. Surmontez donc vos a priori et laissez-vous guider dans les méandres mystérieux du Mississippi et de son bayou indomptable.

Le dernier arbre de Tim Gautreaux, collections Points

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