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Alors que vaut un Goncourt édité par Actes sud ? Avant de vous livrer le fruit de mes réflexions littéraires sur ce roman, il me faut contextualiser. Primo : je me méfie des prix littéraires en tout genre. Deuxio : je me méfie encore plus du Goncourt. Tertio : le nombre de romans primés par le Goncourt que j’ai aimés se comptent sur les doigts d’une main. Si vous percutez vite, vous l’avez compris, la Sermon sur le chute de Rome n’avait rien pour m‘emballer. Si j’ai acheté cet ovni (parce qu’il faut bien parler d’Ovni, la personnalité de Jérôme Ferrari + la fin de l’hégémonie Gallimard au Goncourt en font un E.T littéraire) c’est tout simplement grâce à un bouquiniste peu cher de la place parisienne qui me le faisait à 1 euro. Franchement, difficile de résister vous en conviendrez. Donc prenant mon courage de sceptique-cynique à deux mains, j’ai plongé et croyez-le ou non, je suis plutôt ravie d'avoir craqué.

Cette histoire d’amitié fusionnelle sur fond de querelles de familles corses remontant à perpette a bien fonctionné. Deux amis de longue date, jeunes hommes du genre torturés et paumés, brillants étudiants en philosophie, décident de tout quitter pour reprendre le bar du village dans lequel ils ont grandi, perdu au cœur du maquis. Pourquoi donc ? Pour recréer un paradis perdu à leur échelle, persuadés que le bonheur est à portée de main pour qui s’en donne les moyens et que ce bonheur émane des choses simples de la vie. Mais rien n’est aussi simple dans la vie et oui, c’est le fatum qui veut ça. Ce qui devait être une belle aventure amicale tourne au désastre, les vieilles rancœurs, les jalousies mesquines et l’égoïsme cristallisés au cœur de ce village ayant vite fait de tout envoyer valser.

Ce que j’aimé tient en une chose : le style de Jérôme Ferrari. La puissance et l’impétuosité évocatrice de sa prose ont touché ma corde sensible de lectrice. Je suis restée coite face au déchaînement de son style qui a parfaitement servi la violence qui sourd tout le long du roman. J’ai cru à cette histoire et plongé toute crue dans le chaos de ce village corse.

En revanche, comme beaucoup de lecteurs dépités, je n’ai pas compris la portée philosophique du roman et le parallèle avec le sermon de Saint Augustin n’est pas évident. De ce côté-là, c’est l’échec pour Jérôme Ferrari mais comme j’ai adhéré au reste, je ne lui en tiendrai pas trop rigueur. Trop présomptueux semble-t-il. Gardons de ce roman l’idée d’un récit puissant et évocateur qui se lit vite et finit sur un KO et c’est déjà pas mal.

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, collection Babel

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