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Chers lecteurs, comment vous décrire avec précision la kyrielle d'émotions par lesquelles je suis passée à la lecture du dernier roman de Delphine de Vigan ? Comment rendre compte de leur nature exacte quand on est soi-même incertaine, malmenée et encore sous le choc de l'uppercut De Vigan. Car il s'agit bien d'uppercut, je ne vois pas comment l'exprimer autrement. Je reste sur le banc de touche avec le sentiment d'avoir été manipulée du début à la fin, cette impression - encore vivace - de ne pas connaître le fin mot de l'histoire, restant pantoise dans l'attente d'une réponse à mes questions. Inutile et vain j'en ai bien peur.

Après le succès de son roman, Rien ne s'oppose à la nuit, s'est posé pour le lecteur comme pour Delphine de Vigan, le dilemme de l'après. En effet, comment livrer un roman qui irait une fois de plus au fond des choses, fouaillant l'abîme des secrets et sentiments enfouis qui parfois nous rongent, un roman qui transcende et bouleverse tout autant ? Delphine de Vigan a vécu cette tension perpetuelle pendant les mois qui ont suivi le succès inattendu de son roman de famille. Face au succès, au soutien mais également à l'incompréhension de certains ayant jugé son roman impudique, elle a flanché, douté, épuisée par le marathon des tournées de dédicace, sollicitée de toutes parts. Non préparée à cela, trop faible, c'est à ce moment précis qu'est entrée dans sa vie, L., mystérieuse et sensuelle écrivain nègre de profession, avec laquelle Delphine de Vigan se lie d'amitié très rapidement. Tout s'est déroulé comme si l'irruption dans sa vie de cette créature nimbée de secrets et auréolée de charisme, était providentielle, ni plus ni moins qu'une bouée de sauvetage. Au fur et à mesure des rencontres, s'instaure une complicité indéniable, faite de compréhensions mutuelles, Delphine de Vigan se sentant si prompte aux confidences. L. semble la comprendre mieux que personne, sachant exactement dire ce que Delphine de Vigan souhaite entendre, apparaissant si proche d'elle à bien des égards, à la limite de l'ambiguité. Mais toute bonne chose ayant une fin, cette amitié salvatrice prend une tournure inquiétante car Delphine de Vigan peu à peu s'isole et doute d'elle et de sa capacité à écrire. Ses craintes permettent à L. de s'immiscer encore un peu plus dans sa vie, elle pour qui la fiction est une hérésie en littérature et qui assume ce parti pris radical : écrire signifie raconter le vrai, le vécu, ce qu'attend le public avide de la mention "d'après une histoire vraie". Toujours plus présente et pressante, L. encourage jusqu'à l'obsession Delphine de Vigan a poursuivre sur sa lancée, à se livrer encore plus profondément, toute oeuvre littéraire fictionnelle étant vaine. Cette insistance dérangeante inquiète Delphine de Vigan qui en vient à ne plus pouvoir écrire une seule ligne, un simple courrier devenant un calvaire, véritable descente aux enfers pour notre écrivain/narrateur.

D'après une histoire vraie est plus qu'un roman. Mêlant habilement les codes du thriller psychologique, c'est avant tout une reflexion passionnante sur la place de l'écrivain dans la société : conteur du réel ou chantre du fictionnel ? Sur la remise en question perpetuelle de ses choix et partis pris. Les joutes verbales entre l'auteur et L. illustrent parfaiment bien cette ambivalence. Delphine de Vigan nous offre une hallucinante plongée dans l'univers de la manipulation et du harcèlement, déroulant avec humilité et abnégation, sans faux semblants, son incroyable descente aux enfers sur un rythme crescendo qui a fini par me mettre KO. Mais se pose à nous lecteurs cette interrogation : et si tout cela n'était que fiction? That is the question.

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan, JC Lattès

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