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Après le récit des péripéties américaines d’une Nigériane en exil, j’ai continué sur ma lancée consacrée à l’Oncle Sam comme terre d’accueil. Mais cette fois, exit le XXI siècle et bonjour l’année 1850, adieu Ifemulu, attachante héroïne africaine vive et cynique, bienvenue Honor Bright, jeune quaker anglaise douce et compatissante (tout aussi attachante par ailleurs). Tracy Chevalier m’avait déjà séduite avec sa Jeune fille à la perle dont j’avais apprécié la lecture. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, Tracy Chevalier est l’experte des portraits de femmes en milieu cloîtrée, grande adepte des trames historiques : des Pays bas de Vermeer au XVII siècle en passant par l’Amérique de 1850, terre encore indomptée aux prémices de la ruée vers l’Ouest.

Légèrement humiliée par un chagrin d’amour, Honor Bright décide d’accompagner sa sœur Grace, partie rejoindre son futur mari, quaker comme elles, établi en Ohio. Mais manque de bol, rien ne se passe tout à fait comme prévu : la traversée par bateau (1 mois de ballotage) est un enfer pour Honor qui vomit tripes et boyaux et pour couronner le tout, Grace meurt en quelques jours laissant sa cadette démunie sur une terre inconnue très différente de son Angleterre civilisée et policée. Heureusement les Quakers sont une solide tribu caractérisée par une forte solidarité entre membres, pétris de compassion et de bonnes intentions. Rapidement prise en charge par les « Amis » comme ils s’appellent, elle rejoint le village de son ex futur beau-frère. Sur sa route elle croisera une modiste, Bell, au caractère bien trempé mais attachante et son frère, un chasseur d’esclaves aux manières rustres qui pourtant émoustille notre jeune oie blanche farouchement hostile à l’esclavage (ah que voulez-vous le duo amoureux incompatible est un grand classique mais mon âme romantique en redemande ;), son futur mari, gentil et honnête Quaker et une esclave affranchie bien décidée à aider ses compagnons d’infortune cherchant à s’enfuir. Car en 1850, les états du Sud continuent de baser leur économie sur l’esclavagisme tandis que le Nord, qui l’a aboli, recueille sur ses terres les pauvres hères qui cherchent à rejoindre le Canada, devenant ainsi des hommes libres. L’Ohio est au carrefour de cet Underground railroad (chemin de fer souterrain), réseau de solidarité mis en place du Sud au Nord des USA par des abolitionnistes bien décidés à aider les esclaves à s’enfuir. Les Quakers qui croient en l’égalité de tous les hommes face à dieu (en théorie, même s’ils séparent noirs et blancs au sein de leurs églises…), encouragent vivement cette solidarité ; Honor Bright qui découvre un monde plus farouche et violent, devra elle aussi faire un choix : aider ou fermer les yeux.

Alors oui, La dernière fugitive est parfait pour une adaptation cinématographique : un fond historique, une héroïne discrète et naïve qui s’ouvre en faisant son apprentissage de la rude vie américaine, une histoire d’amour impossible, un peu d’action, des seconds rôles bien travaillés. Oui, Tracy Chevalier aurait pu nuancer son propos mais honnêtement, ce roman fonctionne parfaitement. J’ai pris plaisir à suivre Honor Bright tout en en apprenant plus sur les Quakers dont je ne connaissais que le nom mais aussi sur ce fameux et funeste Underground railroad, sans oublier une belle description d’une Amérique encore sauvage en 1850. Pour résumer, une écriture très fluide (difficile de faire plus) au service d’un beau roman historique qui mine de rien pointe du doigt une certaine hypocrisie autour de la question de l’esclavage et de son abolition. Alors si vous faites l’impasse sur l’art du patchwork particulièrement mis en avant (et qui alourdit certains passages j'en conviens) et que vous acceptez le rythme tranquille du récit, vous passerez un agréable moment de lecture.

La dernière fugitive de Tracy Chevalier, collection Folio

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