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Courts par le nombre de pages (une centaine jamais plus) mais tellement concentrés en poésie, telle est la marque de fabrique des romans de Leonor de Recondo.

Pietra Viva est un de ses premiers romans mais il agrège déjà tout ce qui fait la beauté du style de notre violoniste/écrivain : phrases ciselées, émotion à fleur de peau et intensité bouillonnante contenue derrière chaque mot. Rien n'est laissé au hasard, c'est d'ailleurs très rare de le ressentir si puissamment au cours de mes lectures mais force est d'admettre que je l'ai vécu au détour de chaque page. Et pourtant, le thème traité n'est pas si transcendant : ni de folles échappées lyriques, encore moins d'impétuosités sentimentales ; nous ne sommes pas chez Tolstoï ou Dostoïevski.

L'auteur nous offre le récit de quelques mois (imaginés ou pas) dans la vie de Michelangelo Buonaroti, sculpteur prodigieux de la Pieta de Saint Pierre de Rome, artiste favori du pape Jules II, à l'origine de la fameuse chapelle Sixtine. Nous sommes en Italie au XV siècle : Jules II commande son futur tombeau à Michelangelo. Signe de gloire, ce tombeau du plus pur marbre de Carrare, devra refléter la toute-puissance du Pape, témoin intemporel de son règne sur terre comme dans le ciel. La pression pèse sur les épaules de notre artiste qui vit en même temps un épisode douloureux en la mort d'un jeune moine d'une beauté rare et fascinante qui a exercé sur lui une attraction hédoniste et platonique. Partir à Carrare, à la recherche de la perfection du marbre le plus blanc qui puisse exister, devient un échappatoire vital pour notre artiste endeuillé et meurtri dans sa chair et son âme. Cotôyer l'impétuosité de la montagne, celle qui fournit ce marbre si convoité au prix de grandes souffrances, parfois même de drames (la mort de ceux qui extraient la pierre), s'isoler loin de la Rome courtisane et politique, vivre auprès des plus humbles, tel est devenu le quotidien de Michelangelo.

Nous ne saurons jamais si cet épisode a réellement existé mais j'ai presque envie de dire : peu importe. Auprès de ce personnage fascinant à la personnalité marquée, être peu commode s'il en est, j'ai été transposée le temps de quelques pages dans la Toscane de la Renaissance, témoin de la naissance d'un chef-d'œuvre en devenir (que j'ai eu la chance de voir à Rome), enveloppée dans une bulle enchantée de poésie.

Pietra Viva de Leonor de Recondo, collection Points

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