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Des femmes incroyablement en avance sur leur époque, des combattantes pour qui l'unique salut tient en un mot : écrire. Des femmes que la société a rejetées et jugées pour leurs écrits, pour ce que le pouvoir de leurs mots, brandis à la face du monde, infligeait à leurs préjugés. Des furies du mot qui n'ont jamais su renier qui elles étaient, quitte à en payer le prix fort et qui ont cru au salut ultime que leur apportait l'écriture. Toutes ces femmes, ces 7 femmes à qui Lydie Salvayre rend hommage dans cet essai, ont inspiré l'auteur et forgé la personne et l'écrivain qu'elle est devenue, l'ont accompagnée depuis son adolescence lorsqu'elle les lisait avidement, blottie dans le lit de son pensionnat de jeunes filles où elle vivait recluse. Avant d'écrire Pas pleurer (qui lui vaudra le prix Goncourt), Lydie Salvayre a vécu une période de vache maigre, l'épreuve cruelle et tant redoutée du syndrome de la page blanche. Cette période ô combien difficile l'a amenée, par touches successives, à relire l'oeuvre de ces 7 femmes qui ont bercé sa vie de jeune fille puis de femme et l'ont tant inspirée, une sorte de retour au source qui lui semblait nécessaire, voire vital. D'Emily Bronté, cette jeune femme renfermée vouée aux pires calomnies pour Les Hauts du hurlevent, dorénavant classique de la littérature anglaise, en passant par la facétieuse et libre Colette ou encore Sylvia Plath, la poétesse torturée qui vécut si mal d'être l'ombre de son célèbre mari, Ted Hughes et finit par ouvrir le gaz, ces femmes ont marqué de leur empreinte le monde littéraire d'aujourd'hui, figures incontournables qui furent pourtant incomprises et calomniées par leurs contemporains.

Un long travail de recherche : biographies, journaux intimes, correspondances, ont permis à Lydie Salvayre de brosser ces émouvants portraits de femmes. J'ai découvert des auteurs dont je ne soupçonnais pas l'existence : Marina Tsevetaeva ou encore Ingeborg Bachmann par exemple, dont j'ai envie de lire la prose. Cette démarche est d'autant plus touchante que Lydie Salvayre explique comme chacune d'entre elles s'est greffée à sa vie.

Il est rare que je lise des essais mais 7 femmes mérite amplement le détour. Fluide, alternant de courts chapitres (évitant ainsi toute lassitude) porté par l'enthousiasme et la profonde affection que leur porte l'auteur, dont on sent l'implication émotive derrière chaque portrait, cet essai rend un humble hommage, sans pathos (et j'ai apprécié cela) à des écrivains d'exception, des avant-gardistes qui continuent de nous inspirer encore aujourd'hui, des femmes libres tout simplement.

Sept femmes de Lydie Salvayre, collection Points

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