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La messe est dite : Picasso était un salaud ! ça tombe bien je n’ai jamais particulièrement apprécié son œuvre. Et Dora Maar, son amante pendant 10 ans, est une cruche doublée d’une folle. Ceci est la première impression à chaud. Ensuite, vient la nuance : Picasso reste un salaud mais n’en est pas moins un génie, Dora Maar est une femme certes frappadingue, mais touchante et fragile. Peut-on lui reprocher d’avoir tellement admiré son amant, ce génie, qu’elle a tout accepté : être traitée comme une moins que rien, rabaissée, maltraitée, souillée jusqu’à la rupture, jusqu’au point de non-retour ?

Zoe Valdès, dont je découvre la plume avec ce roman, s’attache à la figure torturée de Dora Maar qui fut la compagne de Picasso pendant 10 ans, durant les années 40/50. Et autant vous dire que ce n’est pas du joli. Certes, je connaissais plus ou moins la réputation sulfureuse de Picasso mais alors là, ça dépasse l’entendement. Cette femme mystérieuse, cette artiste-photographe de talent, amis des surréalistes, égérie de Man Ray, a d’abord ébloui le maître. Mais de cette femme fascinante et indépendante, Picasso en fera pourtant une loque, une amante soumise incapable de se détacher de son emprise maléfique (n’ayons pas peur des mots). Elle sera sa muse, cette Femme qui pleure, figure tragique qui l’a tant inspiré pour ses peintures. Parce que trop indépendante, trop dure, il n’aura de cesse de la faire plier pour qu’elle devienne cette femme éplorée qu’il possède et domine. De là vient sa jouissance. On découvre également un Picasso roublard, égoïste, mené par des pulsions sexuelles quasi morbides, qui n’hésite pas à abandonner son meilleur ami, le poète juif Max Jacob, qui réclame son aide alors qu’il est sur le point d’être envoyé à Auschwitz.

Zoe Valdès retrace cette histoire (d’amour ?) et revient notamment sur le voyage que fera Dora Maar à Venise, en compagnie de deux hommes dont l’écrivain James Lord qui sera sûrement le seul homme l’ayant vraiment aimée. Ce voyage sera sa dernière parenthèse de bonheur avant de se cloîtrer définitivement dans son appartement parisien jusqu’à sa mort. En parallèle, l’auteur se met également en scène dans la peau de l’écrivain/détective bien décidée à faire toute la lumière sur ces quelques jours en Italie qui ont été si déterminants. C’est aussi le travail de l’écrivain, ses obsessions dès lors qu’il tient un sujet, ses difficultés à se détacher de son œuvre. Certains ont reproché à Zoe Valdès de s’être trop immiscée dans son roman. Je trouve au contraire que le roman n’en est que plus intéressant.

Ce qui pèche au fond dans ce roman n’est pas tant le fond (qui m’a plu) que la forme. Le style de Zoe Valdès m’a semblé un poil trop chaotique et anarchique, me perdant notamment dans l’alternance des processus narratifs peu travaillés. Ce qui devait être un parti pris intéressant est devenu pesant et a dérouté la lectrice que je suis.

Reconnaissons pourtant à notre auteur cubain un talent certain dès lors qu’elle dépeint tout le panel d’émotions par lesquelles passent Dora Maar face à la cruauté de Picasso. J’ai lu ces passages en apnée, Zoe Valdès ayant su pleinement exprimer toute la puissance destructrice de ce couple infernal. En revanche, l’épisode à Venise a alourdi ma lecture et m’a clairement ennuyée. Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi Zoe Valdès a tant tenu à évoquer cet épisode. Selon moi, l’histoire de Dora et Picasso aurait suffi.

La femme qui pleure n’en demeure pas moins un roman très instructif sur cette période fascinante qui a vu s’épanouir le milieu surréaliste et bien évidemment sur la relation destructrice de ces deux artistes, deux âmes libres entrées en collision pour le meilleur et surtout pour le pire. Je remercie des éditions Arthaud et Babelio pour cette opération Masse Critique.

La femme qui pleure de Zoé Valdès, Editions Arthaud

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