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Me voilà bien embêtée avec ce roman. J’ai aimé et je n’ai pas aimé tout à la fois. Est-ce possible se demanderont les sceptiques ? Faut croire vous répondrais-je.

Commençons par ce que j’ai aimé : le sujet du roman et les personnages. Un juge à la retraite, veuf austère peu sympathique de premier abord, assiste au One man show d’une de ses anciennes connaissances, Dovalé G, dans un bar miteux de la côte israélienne. N’ayons pas peur des mots, ils se sont clairement perdu de vue et surtout Avishai (le juge) n’était pas spécialement emballé à l’idée de revoir ce « pote » dont il se rappelle si peu. Mais dans un élan de compassion, Avishai accepte ce rendez-vous quelque peu « forcé ». Dovalé quant à lui est un comique vieillissant, adepte du stand up, qu’une poignée de personnes sont venues voir, espérant se payer la bonne tranche de rigolade de la semaine. Force est d’admettre qu’ils déchantent assez rapidement car Dovalé entend remanier son One man show d’une façon très personnelle : les spectateurs, dont Avishai, assistent médusés à une introspection haute en couleurs au cours de laquelle notre comique révèle les profondes blessures de son enfance et adolescence. Ce déballage impudique, sorte de confession amère, indispose, choque, interpelle le public et l’émeut tout à la fois. Un cheval entre dans un bar est donc le récit de cette confession, celle d’un homme qui derrière le masque de comique corrosif, cache une profonde souffrance liée à un passé familial douloureux ancrant ses racines dans le drame de la Shoah. Le roman commencera avec le spectacle et finira avec lui, le temps de quelques heures. Dovalé tout à la fois fait le pitre, agresse son public, alterne phases d’humour salace et phrases bien senties, montre tout à la fois le masque de clown triste et celui de comique enflammé. Vous l’aurez compris, j’ai trouvé le personnage de Dovalé attachant et l’histoire avait un réel potentiel. Mais…

…Ce que je n’ai pas aimé : la forme comme souvent. Pourtant, on sent que David Grossman a mis toute son énergie à restituer la fougue et la kyrielle d’émotions contradictoires qui alternent à un rythme infernal. Décrire les changements subits opérés par Dovalé (physiquement notamment), le ressenti d’Avishai, celui du public qui diffère de minutes en minutes, hésitant entre incompréhension, rejet et compassion. Oui mais j’ai senti un David Grossman dépassé par l’ampleur de la tâche, comme devancé par son ambition. Et par conséquence j’ai moi-même été larguée par le style, trop chaotique.

L’exercice mérite néanmoins le coup d’œil et David Grossman reste un auteur de talent.

Un cheval entre dans un bar de David Grossman, Seuil

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