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Chers lecteurs, je vous avais déjà parlé d’un de mes coups de cœur policier 2015 qu’était Tonton Clarinette du britannique Nick Stone, mettant en scène le détective Max Mingus en proie à la misère d’une Haïti exsangue par des années de dictature des Duvallier père et fils. Nick Stone a donc décidé de consacrer une trilogie autour de ce personnage haut en couleur, ancien flic légèrement (c’est un euphémisme) borderline.

Dans le deuxième volet de ses aventures, exit l’Haïti de 1995, bonjour Miami au début des années 80. Max Mingus est encore à cette époque un jeune inspecteur plein d’avenir, un brin bagarreur, qui forme un duo atypique mais efficace avec Joe Liston, sorte de titan afro-américain aussi droit dans ses bottes que Max est limite. Un duo à la Miami Vice (Mingus aimant taquiner de la bouteille et de la gazelle) confronté à une flambée des violences dans cette ville qui fut pendant des décennies un havre de paix pour retraités juifs. Epoque révolue en ce début des années 80 : porte d’entrée du trafic de drogue en provenance de la Colombie, guerre des gangs et des cartels, prostitution, pauvreté et corruption dans la police, voilà ce qu’est devenue la ville. Ajoutons à cela une forte immigration en provenance de Cuba et surtout d’Haïti dont la population se trouve parquée dans ses ghettos urbains, désœuvrée, je vous laisse imaginer le cocktail social explosif que la mairie doit gérer. Alors même si notre histoire ne se déroule pas en Haïti, l’île n’est quand même pas très loin puisque Voodoo Land a pour point de départ le meurtre rituel d’un immigré haïtien dont on a retrouvé le corps dans un zoo, une carte à jouer en morceaux dans son estomac. Max Mingus et Joe Liston se trouvent confrontés à la personnalité complexe de Salomon Bouckman, sorte de prêtre vaudou charismatique qui domine la communauté haïtienne de Miami et accessoirement un grand nombre de trafic : drogue, prostitution, racket etc. Un saint parmi les saints… Notre duo a donc maille à partir avec cet ovni dont on ne connait pas le visage et qui fascine autant qu’il effraie.

Voilà pour l’histoire. Et mon bilan, bien qu’un tantinet moins enthousiaste que pour Tonton Clarinette (je déplore quelques longueurs en cours de route), n’en demeure pas moins positif. Max Mingus, moi j’adhère ! Il est vrai, nous avons une fois encore affaire à un flic borderline déchiré par ses démons intérieurs mais vous seriez injustes de condamner Nick Stone qui sait y apporter toute la nuance nécessaire associée à son talent d’écrivain « social ». J’utilise ce terme qui décrit selon moi parfaitement l’intérêt de son œuvre : au-delà d’une intrigue policière, c’est surtout et avant tout une situation économique et sociale que l’auteur dépeint avec acuité et mordant. Tout le monde y prend pour son grade : du flic lambda aux plus hauts gradés, sans oublier les grands pontes politiques, les trafiquants en tout genre, la gangrène de la corruption et de la pauvreté qui a fait d’une ville paisible une Sodome et Gomorrhe. Edifiant et affligeant.

Voodoo Land de Nick Stone, collections Folio

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