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Je renoue enfin avec monsieur McEwan (façon de parler bien évidemment). Après son décevant Opération Sweet Tooth, ce grand monsieur de la littérature anglaise nous revient avec un court roman concentré en émotions.

Le héros de ce roman est une héroïne, Fiona May, juge sexagénaire aux affaires familiales. Notre histoire débute avec l’annonce par le mari de Fiona de son envie d’aller voir ailleurs (avec une jeunette tant qu’à faire) parce que madame ne lui octroie plus de faveurs depuis deux mois (la vilaine). Fiona est donc remontée comme un coucou, d’autant plus que les nombreuses affaires auxquelles elle doit faire face au tribunal l’épuisent et lui occupent l’esprit. Comment en effet composer avec une famille juive orthodoxe au sein de laquelle les fillettes sont tiraillées entre une mère qui aspire à plus de liberté et un père ultra rigoriste ? Comment protéger une mère de famille anglaise qui sait pertinemment que son mari, marocain traditionnaliste, va emmener leur petite fille ? Des affaire de ce type, Fiona May en juge tous les jours, avec comme fil conducteur, aiguillon de tous ces jugements : l’intérêt de l’enfant. Ni compassion, ni subjectivité n’entrent en ligne de compte : la loi est la loi qui doit être appliquée justement, en ayant pesé le pour et le contre et pris en compte tous les paramètres.

Et du sang-froid il va lui en falloir : faut-il accorder à un jeune homme encore mineur (mais proche des 18 ans) le droit de refuser la transfusion sanguine qui lui sauverait la vie parce qu’il est témoin de Jéhovah ? Contre l’avis des médecins qui exigent de pratiquer cette transfusion, Adam Henry oppose sa foi et son droit à disposer de son corps comme il l’entend, quitte à en mourir. Dur dilemme pour Fiona qui saisie de l’affaire, doit trancher en faveur ou contre le jeune homme. Bien décidée à prendre en considération tous les aspects de cette affaire, Fiona va à la rencontre d’Adam pour discuter avec lui de la portée de ses actes. Elle y découvre un jeune homme intelligent et sensible, mature pour son âge, qui l’étonne par sa force de caractère et la manière dont il défend ses convictions. Cette rencontre ne la laissera pas indemne.

La messe est dite : L’intérêt de l’enfant m’a émue et captivée. A la fois beau portrait de femme blessée par la vie qui se réveille au contact d’un jeune homme, mais aussi vibrant hommage au métier de juge, ce roman multiple séduit par sa subtilité. Fiona May est une femme, une juge et une amante confrontée à la dure réalité d’un monde violent et retors qui attend d’elle d’infléchir le cours des choses parfois au-delà de ce qui est acceptable, une femme qui de par son métier, est irrémédiablement seule. Le système judiciaire nous apparaît également dans toute sa complexité et apporte une note tragique à ce roman très contemporain. Une belle réussite pour un récit qui ne laisse pas indifférent.

L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan, Gallimard

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