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Les neuf cercles de l’Enfer de Dante, c’est ce qu’a traversé John Gaines, vétéran du Vietnam. On peut dire qu’il en a vu de toutes les couleurs : des morts inutiles, des enfants violés ou prêts à se sacrifier, des humiliations, et du sang, encore du sang, de la douleur et de la détresse, partout, l’impression d’avoir été jeté en pâture pour une cause à laquelle on ne croit pas. Pourtant John Gaines n’a pas refusé d’y aller, au contraire. Le devoir est le devoir, et quand la mère patrie te réclame, inutile d’ergoter.

Revenu d’entre les morts, John Gaines est désormais shérif d’une petite bourgade du Mississippi quand débute notre histoire. Nous sommes en 1974. Il ne se passe jamais grand-chose à Whytesburg. A peine deux meurtres en des décennies et encore l’enquête fut facile : des femmes tuant leurs époux ou inversement. Pas de quoi se prendre la tête. Aussi, quand on repêche le corps d’une jeune fille au bord d’une rivière, disparue 20 ans plus tôt, un corps resté intact car protégé de la décomposition par la vase aux alentours, tout le village s’ébroue. Qui a pu tuer Nancy Denton, à peine âgée de 16 ans ? Et surtout pourquoi lui avoir prélevé le cœur et remplacé celui-ci par un serpent dans une boîte ? Face à ce meurtre énigmatique, John Gaines doit réagir. Mais à vouloir remuer la vase, il en ressort de bien vilaines choses (vous l’aurez compris tout n’est pas si tranquille à Whytesburg).

Grâce à sa parfaite maitrise des codes du roman noir, Ellory nous sert un thriller à la sauce cajun (nous ne sommes pas en Louisiane je sais). Des personnages hautement sombres (John Gaines détient la palme) aux prises avec leur passé, des bourgades banales et insipides frappées par l’apathie et l’ennui, des rancunes et secrets enfouis. Mais la magie Ellory a semble-t-il moins opéré cette fois. Entendons-nous bien : je ne remets pas en cause le style d’Ellory, d’une profonde noirceur et c’est cela qu’on aime tant chez lui. Ses personnages sont toujours très travaillés, justes et vraisemblables. Mais à force de vouloir dépeindre John Gaines et le traumatisme de Vietnam qui continue à dicter sa conduite, l’auteur m’a perdue. Vous vous en rendrez compte rapidement, l’intrigue policière n’a que peu d’intérêt et le vrai thème de ce roman à mon sens reste le traumatisme de la guerre ajouté à une virulente critique du conflit au Vietnam. Pour cela, Ellory qui n’est pourtant par américain mais anglais, nous fait ressentir le chaos de ce conflit comme si nous y étions, belle prouesse.

Bien que sensible à ces thématiques, j’ai néanmoins acheté ce roman pour une intrigue policière qui a clairement fait défaut, d’où ma déception. J’aurais aimé être accaparée par une enquête plus classique sans doute. Sans rancune monsieur Ellory.

Les neuf cercles de R.J Ellory, Livre de Poche

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