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Dans la famille Boltanski je demande la grand-mère, femme fantasque et farouchement indépendante, écrivain à ses heures perdues, femme de savoir qui tenait salon auprès de l’intelligentsia parisienne communiste, une vraie pile électrique, ayant eu la polio et ne se déplaçant qu’au volant de sa Fiat. Je demande également le grand-père, médecin qui n’a jamais aimé la vue du sang (un comble), profondément attaché à son épouse, aussi discret qu’elle est survoltée, homme de sciences qui réussit tout ce qu’il entreprit mise à part son intégration chez les bons Français. Et oui, quand on est fils d’immigrés juifs d’Odessa, on a beau être le parfait modèle d’intégration républicaine, être le plus brillant, on dérange, surtout dans les années 30. Je demande également le fils Christian, artiste engagé ou encore Luc, le père de l’auteur, sociologue reconnu. Et puis n’oublions pas Christophe Boltanski lui-même qui choisit de consacrer son 1e roman à sa ô combien fantasque parenté, propriétaire d’un hôtel particulier dans le très chic, traditionnaliste et puritain (à tendance réac) 7e arrondissement de Paris.

Une tanière pour cette famille d’excentriques, un rempart contre le monde menaçant, un cocon moelleux mais aussi pernicieux où chacun vivait l’un sur l’autre et occupait la place qui lui était due (imaginez que les enfants dormaient au pied du lit de leur mère et de leur grand-mère, un peu glauque tout de même). C’était cela la famille Boltanski : une prison familiale confortable et rassurante, souvent étouffante, sur laquelle l’auteur revient avec nostalgie. Une famille qui a vécu les grands événements de l’histoire, notamment la période d’occupation allemande. Quand on est Juif, même converti, on n’a pas d’autres choix que d’obéir. Alors ce fut l’étoile jaune portée par le grand-père et l’arrière-grand-mère, marque infamante pour lui le médecin brillant et réputé et elle, la mère un brin menteuse qui quitta Odessa pour suivre un homme plus âgé qu’elle au début du XX siècle.

On sent que l’auteur a mis tout son cœur dans ce roman, jetant sur le papier ses souvenirs pour retracer une mythologie familiale complexe. Le procédé stylistique utilisé mérite le détour : chaque chapitre est consacré à une pièce de l’hôtel particulier, l’antre des Boltanski. Nous suivons pas à pas, au fil des pièces, ces personnages qui se dévoilent petit à petit à notre curiosité de lecteurs. A pas feutrés nous entrons dans l’intimité de cette famille, guidés par l’auteur qui porte un regard tendre (mais non sans recul) sur ses aïeux. Si je devais faire un reproche, ce serait celui de manquer légèrement d’âme. J’aurais pu entièrement me laisse porter par ce récit si l’élan romanesque, cette fameuse étincelle qui illumine l’ensemble, n’avaient fait défaut,

Pour autant je conseille cette belle découverte de la rentrée littéraire 2015 qui mérite amplement son succès.

La cache de Christophe Boltanski – Editions Stock

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