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Comment être déconcertée dans le bon sens du terme ? Et bien lisez ce premier roman de la très prometteuse Célecte Ng et vous verrez. Merci aux éditions Sonatine et à Babelio de m’avoir permis de découvrir cet auteur car nous ne sommes pas loin du coup de cœur.

Quand on m’a contactée pour le chroniquer j’ai rapidement fait le calcul : éditions Sonatine = roman noir/polar/policier = romans de qualité = choix éditoriaux approuvés la majeure partie du temps par bibi. Donc revenons-nous en à nos moutons. Le roman s’intéresse à la question suivante : comment la jeune et prometteuse Lydia Lee, 16 ans, métisse sino-américaine a-t-elle trouvé la mort ? Suicide ? Assassinat ? Accident ? Comment expliquer la découverte de son corps noyé dragué dans le lac à 5 min de là où elle habitait ?

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit déroule le fil de cette macabre découverte qui a chamboulé en quelques minutes le quotidien de sa famille : sa mère Marylin, femme au foyer, pure whasp américaine qui n’a jamais caché sa préférence pour sa puinée, modèle de réussite et porteuse de tous ses rêves brisés, à savoir être médecin ; son père James, prof de fac d’origine chinoise, qui toute sa vie a souhaité s’intégrer parfaitement dans le moule américain ; son frère Nath qui ne rêve que de quitter l’étouffant cocon familial et est sur le point de le faire en intégrant Harvard ; sa petite sœur que tout le monde semble ignorer et qui assiste impuissante à l’éclatement d’une bulle familiale sous pression. Car nous le comprenons assez vite, rien n’est rose chez les Lee. Rancœurs, non-dits, souffrances et frustrations sont le lot quotidien de tous ces membres. On découvre la dure réalité d’un mariage mixte aux USA (l’intrigue se déroule dans les années 70) et ce que cela implique : regard de l’autre, rejet, racisme ordinaire. On y parle également de rêves brisés, celui d’une femme, Marylin qui a tant souhaité être médecin mais a dû abandonner pour fonder une famille, celui d’une relation fraternelle fusionnelle, celle de Lydia et Nath qui font corps pour affronter le monde extérieur. On apprend à connaître chaque membre de cette fratrie, à les découvrir dans leur complexité. En filigrane, c’est la figure de Lydia qui apparaît et dont personne pas même ses proches ne savent rien finalement, jeune fille discrète et élève modèle sur qui reposent beaucoup d’espoirs : réussite et revanche sur le passé.

Je pourrais dérouler encore 2 pages pour vous parler de ce roman qui m’a beaucoup touchée. Moi qui pensais avoir affaire à une classique (et divertissante) intrigue policière (avec une enquête, des inspecteurs et tout le tintouin) je me retrouve avec un roman aux qualités littéraires indéniables qui est loin de rentrer dans la case du roman noir. Au final, nous nous intéressons moins à comment Lydia est morte qu’aux raisons qui ont fait d’elle la jeune femme mystérieuse et insaisissable qu’elle fut. Céleste Ng a su conquérir mon p’tit cœur de lectrice avec ce tableau de famille brisée porté par une écriture sensible et profonde (chapeau à la traduction d’ailleurs). Tout est juste et d'une maîtrise impressionnante pour un 1e roman. Chapeau madame, j’en redemande !

Tout ce qu’on se n’est jamais dit de Céleste Ng, Sonatine édition

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