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En ce moment il faut croire que ce sont les récits autobiographiques portant sur le poids de la famille qui attirent mon attention. Soit. Après Un bon fils de Pascal Bruckner, témoignage puissant de l’auteur sur la figure honnie d’un père antisémite et violent, j’enchaîne avec Mikal Gilmore et son étrange famille, creuset de violences, de culpabilité et de rédemption, fruit du mormonisme marqué par l’expiation par le sang, saupoudré de vieilles rancœurs et de mensonges (tout cela est très sympathique vous en conviendrez). Une famille qui - toujours selon l’auteur - fut le terreau favorable (si ce n’est la principale cause) du destin tragique de son frère, Gary Gilmore, qui fut condamné à mort, refusa de faire appel et fut exécuté (cet homme inspira le célèbre roman Le chant du bourreau de Norman Mailer).

Mikal Gilmore a peu connu ce frère qui dès son plus jeune âge enchaîna vols et séjours en prison. Bien que la douleur ne s’efface jamais, l’auteur a éprouvé le besoin d’écrire sur sa famille aux destinés non moins tragiques (l’un de ses frères mourut également jeune, sa mère et son père furent un couple infernal, son père ne ménageant pas les coups de ceinturon sur ses fils) et qui façonnèrent l’Homme qu’il est devenu aujourd’hui. Est-on prédestiné dès sa naissance, de par son éducation, son milieu social/culturel/familial, à sombrer dans les affres de la délinquance ou au contraire à réussir tout ce qu’on entreprend parce que privilégié ? Peut-on aller à l’encontre de ce déterminisme ?

Mikal a réussi non sans peine à se sortir de ce gouffre de violence. Ses autres frères quant à eux sombrèrent. Tel est le récit que propose Un long silence et le moins que l’on puisse dire est qu’on entre de plain-pied dans le sordide, les non-dits mais pourtant, au cœur de ce maelstrom, régna l’amour (et oui comme quoi). Celui de 4 frères imparfaits qui s’aimèrent malgré les différences et les différends, celui d’une mère, dépassée, qui ne sut pas protéger ses fils, celui d’un père qui ne sut témoigner son amour que par les coups (excepté le jeune Mikal qui fut le seul épargné).

Long travail de mémoire qui a nécessité de son auteur de revivre des moments et épisodes douloureux, ce roman est aussi et avant tout un manifeste d’amour. Celui du benjamin de la famille qui plus protégé que ses frères, se sentit dès son plus jeune âge exclu du cercle des « élus » et donc toujours en marge. On sent à chaque page la souffrance et la peine avec laquelle Mikal a extrait chaque souvenir porté par une écriture précise et implacable.

Constat flagrant de l’échec d’une famille, Un long silence ne sombre ni dans le misérabilisme ni dans la vindicte. C’est ce que j’ai apprécié. C’est un roman dur, c’est un roman d’amour d’un frère qui voulut comprendre, le roman des Gilmore ou comment mal aimer. Roman qui frappe les mémoires. Si vous n’êtes pas prêts à cela, passez votre chemin.

Un long silence Mikal Gilmore, collections Points

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