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Des histoires de flics j’en ai lues un paquet. Je continue d’ailleurs à être particulièrement étonnée par la qualité de certaines productions littéraires. Et surtout, je continue à ne point trop me lasser du classique combo : flic/homme torturé. Et on peut dire que Black cocaïne ne déroge pas à la règle : et oui, encore une histoire de flic désabusé. Mais (et c’est la différence notoire), ce flic est un franco-malien qui officie en tant que détective privé à Bamako. Et pire, ce détective est un ancien flic des stups qui a sacrément merdé en France et est sous le coup d’une demande d’extradition. Alors là, autant vous dire que j’en suis restée pantoise. Du Mali je ne connais pas grand-chose soyons honnêtes. Et comme vous vous en doutez, la perspective d’en savoir un peu plus sur cette ancienne colonie française m’a titillée…

Solo (c’est son p’tit nom), est donc notre anti héros dont on sait qu’il fut efficace dans son taf, limité obsédé et un peu trop accro aux substances illicites. De son minable bureau à Bamako, il enquête aussi bien sur les infidélités des messieurs que sur des choses plus graves. Et ça tombe bien, notre histoire démarre avec une de ces demandes très spéciales : que faire quand une brillante avocate française hyper sexy vous demande de graisser la patte d’un juge pour obtenir la libération de sa jeune sœur, arrêtée pour trafic de cocaïne ? Et bien on agit en parfait gentleman et on accepte. Voilà notre Solo embarqué dans quelque chose qui dépasse la simple et (institutionnalisée) corruption de fonctionnaire. La jeune sœur est retrouvée quelques jours plus tard égorgée, son corps flottant près du fleuve Niger. Solo aurait-il mis le nez dans une affaire de gros bonnets ? Faut croire que oui. Et les ennuis ne font que commencer.

Sur les 280 pages que contient ce roman, pas une minute de répit ! Mazette quel rythme et surtout quelle maîtrise des codes du genre ! Black Cocaïne est le thriller haletant qui vous fait tourner les pages à la vitesse d’un supersonique.

Avec un style hautement percutant, sans langue de bois ni fioritures, Laurent Guillaume nous entraîne dans les arcanes de la société malienne, embourbée dans le cloaque de la corruption élevée au rang d’institution. On y découvre un pays qui tente tant bien que mal de s’en sortir, porte d’entrée idéale de l’Afrique vers l’Europe, devenue en quelques années la plaque tournante incontournable d’un trafic de drogue international. Un pays en proies à l’instabilité politique, menacé par AQMI au Sahel et les tribus salafistes aux portes de Bamako. Un pays qui comme beaucoup d’anciennes colonies oscillent entre poids des traditions et aspirations démocratiques. J’ai d’autant plus apprécié ce roman quand on sait que Laurent Guillaume a travaillé quelques années au Mali, envoyé par la France dans le cadre d’une vaste coopération dans la lutte contre le trafic de drogue. Ma peur d’un roman un peu trop orienté « pater colonialiste » ou le regard d’un frenchie sur l’ancienne AOF, a été balayée par le parti pris relativement neutre et distancié (à mon sens) de Laurent Guillaume qui dépeint avec justesse et recul, un pays qu’il affectionne.

Solo, le privé malien, a, je l’espère, encore de beaux jours devant lui et comptez sur moi pour l’y encourager.

Black cocaïne de Laurent Guillaume, Folio

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