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En lisant l’avis enthousiaste d’une bloggeuse (Sandrine pour ne pas la citer), j’ai donc emprunté ce court roman paru chez Actes sud il y a déjà quelques années. Et vu mon amour du Natural writing, je ne comprends pas comment j’ai pu passer à côté. Bref tout ça pour vous dire que Blessés mérite vraiment qu’on s’y attarde. Aux amoureux de grands espaces américains (ici le Wyoming) et de personnages attachants blessés par la vie, Percival Everett est fait pour vous.

John Hunt est un dresseur de chevaux afro-américain qui a fui la grande ville pour rejoindre son vieil oncle Gus dans son ranch niché au cœur des montagnes. Vivant dans une sorte d’autarcie bienheureuse au cœur de la nature, ces deux célibataires se sont accommodé des défauts de l’autre pour vivre de manière harmonieuse.

Tout irait pour le mieux si un jeune homosexuel n’avait été retrouvé assassiné, tout accusant le jeune et simplet commis du ranch de John d’être le responsable. Premier dérangement pour notre dresseur de chevaux qui s’en passerait bien. Le deuxième dérangement survient quelques jours plus tard alors que des insultes racistes sont proférées à l’encontre de son voisin Indien (traité de « nègre rouge », comme c’est charmant). L’ambiance n’est donc plus au beau fixe au paradis des chevaux et des espaces sauvages. Et oui, les vieux réflexes racistes et homophones refont surface au sein de la petite communauté du coin peu habituée au changement et à l’autre de manière générale. Enfin, l’arrivée inopinée du fils homosexuel d’un de ses plus vieux amis, jeune militant bien décidé à manifester contre le climat homophobe de cette région de péquenauds, n’arrange pas les affaires de John Hunt.

Blessés m’a embarquée. Déjà conquise par la beauté des paysages ouest américains que Percival Everett décrit merveilleusement (le Wyoming fait dorénavant partie de ma to do list), il ne m’en fallait pas plus pour adhérer. Loin de la caricature, l’auteur nous immerge au sein de cette communauté réduite, attachante fratrie d’hommes et de femmes blessés par la vie. Rongé par la mort de sa femme, John hésite à se reconstruire ; à l’aune des événements dramatiques qui secouent son quotidien, il est amené à remettre en question ses choix de vie. Doit-il fuir la recherche d’un nouveau bonheur aux côtés d’une femme qui l’aimerait, par fidélité au souvenir de sa défunte épouse ? Doit-il nier sa différence alors que tout le lui rappelle sans arrêt ? Vivre en autarcie loin des hommes est-il la solution ?

Thèmes du deuil, de la différence, retour aux sources, culpabilité et rédemption, tous ces éléments sont habilement et merveilleusement agencés pour nous livrer un roman sensible. Une belle réussite indéniablement.

Blessés de Percival Everett, collection Babel

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