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Il y a fort fort longtemps, j’ai regardé Mystic River réalisé par Clint Eastwood. Je devais être trop jeune ou trop fatiguée ou pas assez attentive, toujours est-il que je n’ai quasiment rien retenu de l’intrigue. Quelques années plus tard, je découvrais Dennis Lehane (devrais-je dire le talentueux mister Lehane) à travers les enquêtes du duo Kenzy et Genarro dont j’ai dévoré chaque épisode, meilleur année après année. Et comme son talent ne s’est pas arrêté à cette série, j’ai fouillé et pris connaissance de Mystic River et de Shutter island (mais là pour le coup j’ai retenu l’intrigue). C’est donc finalement sur Mystic River que s’est porté mon choix, motivée par la perspective de retrouver l’ambiance d’une Boston ouvrière qui m’avait tant séduite avec les enquêtes de Kenzy et Genarro.

Notre roman débute sur une affaire dès plus sordide : sur la bande de trois gamins d’une dizaine d’années qui jouaient tranquillement dans un quartier populaire de Boston, l’un d’entre eux est enlevé par deux pédophiles s’étant faits passer pour des flics. Il reviendra quatre jours plus tard et ne sera plus jamais le même. Cet enfant, c’est Dave Boyle. Les deux autres camarades qui ne sont pas montés dans la voiture sont Sean Devine et Jimmy Marcus. Ce drame à peine évoqué pourtant, les marquera et créera entre eux un fossé infranchissable.

25 ans plus tard, nos trois anciens compères ont pris des chemins très différents : Sean Devine, le plus favorisé de la bande parce que son père était contremaître, est devenu flic à la criminelle. Jimmy Marcus quant à lui, le sanguin du groupe, le casse-cou intrépide et aux nerfs d’acier, d’ex-taulard cambrioleur est devenu un honnête père de famille, citoyen rangé en charge d’une femme aimante et de trois filles. Dave Boyle, lui, peine à construire un équilibre familial, mais réussit tant bien que mal : entre un boulot précaire, une propension à boire trop de bières et un foyer composé de son épouse Celeste et de son unique enfant, Mickael. Trois destins qui n’auraient jamais du se recroiser si l’assassinat de la fille aînée de Jimmy Marcus, Kathy, ne les avait réunis à nouveau. Sean en charge de l’affaire à maille à partir avec Jimmy Marcus, père éploré dont on a volé le joyau, sa fille aînée, qu’il s’était juré de protéger. Le problème quand on est Jimmy Marcus, qu’on est issu d’une famille d’ouvriers irlandais hargneux et qu’on a épousé la petite sœur d’une fratrie de frères irlandais plus habitués à la prison qu’au grand air et qu’on dispose soi-même d’un caractère bien trempé, c’est qu’on souhaite se faire justice soi-même. La police par trop leur came. Et comment expliquer que le soir de l’assassinat de Kathy, Dave Boyle soit revenu chez lui en sang en prétextant s’être battu avec un voleur à la petit semaine qui l’aurait menacé. Celeste Boyle doit-elle croire son mari alors que tous les éléments concordent à le discréditer ? Sean Devine est-il prêt à affronter Jimmy Marcus et Dave Boyle, tant d’années après ? Et surtout, qu’est-il arrivé à Kathy qui s’apprêtait à convoler vers Las Vegas pour épouser Brendan Harris ? Qui l’a massacrée à coup de batte de hockey ?

Il m’aura fallu du temps pour entrer pleinement dans Mystic River. Le temps pour Dennis Lehane de poser chaque personnage, déroulant le fil d’une amitié trop vite sacrifiée. Le temps de connaître Sean, Jimmy, Dave, intimement, profondément : leurs failles, leurs peurs, ce qui nous les rend si attachants chacun à leur manière. Planter le décor, me familiariser avec le quartier des Flats, ses habitants, peu gâtés par la vie mais ne perdant pas de vue l’essentiel, portés par un courage et une fierté frondeurs. M’habituer à l’horreur, lui faire face et accepter la violence ordinaire qui sourd à chaque coin. Réaliser que le passé ressurgit inévitablement et façonne les adultes que nous sommes aujourd’hui. Mon dieu que ce roman est noir, gagnant en puissance au fil des pages, me laissant sonnée à la fin. Un roman d’une grande profondeur, étonnant de maîtrise grâce à Dennis Lehane qui une fois de plus démontre l’étendue de son talent. Profond, intense et sensible, tout simplement beau, Mystic River nous confronte, tout autant que Sean, Jimmy et Dave, à notre propre passé, nous interrogeant sur nos démons intérieurs. Un roman intelligent qui résonnera encore en moi quelques temps.

Mystic River de Dennis Lehane, collections Rivages Noirs

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