Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Autant vous prévenir d’entrée de jeu : le mois d’avril est un mois prolifique et merveilleux de découvertes littéraires. Chaque roman me laisse dans un état de transe émotive fabuleux. Comme je suis heureuse quand cette bonne manne arrive ! Me voilà gaie comme un pinson, gambadant fièrement d’un auteur à un autre, la banane sur le visage.

Je commencerai donc ma liste de critiques ô combien élogieuses avec Bilqiss de Saphia Azzaddine. Premier constat : messieurs, dames, nous pouvons d’ores et déjà classer cette jeune auteur dans la catégorie : talent 100 % certifié. Mais quelle plume, quelle prose, quelle fluidité, quelle précision, quelle pertinence, quelle claque d’émotions balancée en pleine figure ! Je pourrais continuer ma liste de superlatifs mais je crois qu’aucun ne serait à la hauteur de mon enthousiasme. Si vous n’avez pas encore lu Bilqiss, je vous encourage que dis-je, je vous ordonne d’aller le lire !

La question est de savoir si cela suffira à vous convaincre. Comme je ne suis pas avare de quelques résumés, je ne vais pas vous décevoir.

Bilqiss, est une jeune femme brillante qui a eu la malchance de naître femme (et oui dans beaucoup de pays c’est une tragédie), dans un pays où la place du « sexe faible » est à peine plus enviable que celle d’une brebis ou d’une chèvre. Bilqiss va mourir lapidée, la sentence sur le point de tomber ne fait plus aucun doute. Sa faute : avoir appelé à la prière sa communauté, à la place du muezzin. Sacrilège ! Une femme ne peut remplir ce rôle exclusivement dédié à la gente masculine. Elle sera punie comme il se doit. Mais au lieu d’une repentance publique pitoyable, Bilqiss trône fièrement devant ses juges et ses bourreaux dans un simulacre de procès dont les dés sont pipés. Elle mourra, pour l’exemple, pour son impudence, son effronterie qu’elle assume et jette à la face du monde, furie d’un calme olympien qui décontenance par sa précision, son verbe acide et maîtrisé qui blesse et choque l’auditoire venue se repaître du spectacle. Bilqiss choque, soulève les passions d’une foule en délire qui n’aspire qu’au massacre, catharsis essentielle pour une population bridée et brisée sous l’impitoyable joug religieux. Bilqiss l’effrontée, Bilqiss la sauvage, celle qui a toujours dérangé, mariée de force à 14 ans, veuve à 20 ans, femme brillante avide de savoirs, croyante pieuse qui ne voit dans la religion et dans son Dieu que mansuétude et bienveillance, lorsque les autres n’y voient que colère et vengeance. Bilqiss ne laisse personne indifférent : le juge qui la désire en secret, ses bourreaux qui ne veulent qu’exhiber son scalp, les femmes qui l’admirent en secret mais la condamnent au dehors, l’opinion internationale qui s’émeut de son sort.

Est-il besoin de vous convaincre plus ? Ce roman est une véritable pépite, un bijou de clairvoyance et d’intelligence dans un écrin percutant et lumineux. Tout mon être a frémi, chaque phrase prononcée par Bilqiss est un brulot fantastique qui électrise et m’a laissée pantoise jusqu'à la dernière ligne. Ce livre est tout en grâce et en émotions contenues qui ne sombre jamais dans l’auto apitoiement, ni dans de pudibonds préjugés. Saphia Azzeddine, à travers sa Bilqiss, nous livre la vision de son Dieu, de sa religion telle qu’elle doit être et est intrinsèquement, juste dévoyée par la main sale de l’Homme. Un roman universel et essentiel qui marque. Mais n’est-ce pas l’apanage des grands romans ?

Bilqiss de Saphia Azzeddine, J’ai Lu

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :