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Il m’est parfois difficile de suivre les challenges de lecture proposés par mes camarades bloggeurs. Mais quand Sandrine a soumis celui de lire un roman d’Anita Naïr, j’ai accepté : l’idée de lire un livre écrit par une femme indienne m’a inspirée et parmi son œuvre j’ai choisi L’inconnue de Bangalore. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n’ai jamais lu de romans policiers indiens et il faut un début à tout non ? Me voilà donc embarquée à Bangalore, la Silicon Valley indienne. On y trouve des grands groupes tels qu’IBM par exemple et tant d’autres. Bangalore oscille, comme beaucoup de villes du continent asiatique, entre traditions et modernisme. Mégalopole de 8 millions d’âmes, c’est une ville assez surprenante car les eunuques côtoient sereinement une population conservatrice à tendance macho. Et oui, l’eunuque existe encore en Inde : ils représentent une des nombreuses castes qui font la spécificité de la société indienne. Soit. Attention, la majorité sont mal considérés et vivent tant bien que mal de prostitution, tout comme les travestis. Ce qui est marrant est qu’ils sont autant décriés qu’ils sont désirés et messieurs les sages maris n’hésitent pas à arpenter le bitume la bave aux lèvres à la recherche de quelques frissons d’interdit. Pas de bol pour eux, ils tombent parfois sur un gros hic et se font trucider par une belle inconnue qui vit de ses charmes.

C’est dans ce contexte « détendu » qu’intervient notre héros du jour, l’inspecteur Borei Gowda. Pas vraiment en forme notre flic : sa femme et lui vivent quasiment séparés et c’est donc seul que Borei tient la maisonnée. Du genre bougon mal embouché en permanence, il a heureusement pour lui d‘être doué dans son travail : rusé et perspicace, droit et honnête (ce qui n’est apparemment pas la norme dans la police indienne). On lui confie donc l’affaire qui concerne des hommes retrouvés égorgés et dont l’arme du crime semble être un fil parsemé de bris de verre (pas courant vous en conviendrez). Le lien entre ces quelques meurtres devient rapidement évident : les victimes ont toutes eu des rapports sexuels avant de mourir. La logique faisant son œuvre, Gowda penche pour un sérial killer qui a un sérieux problème à régler avec les hommes et le sexe en général. Les lecteurs que nous sommes sont d’ailleurs dès les premières lignes, informés de l’identité du tueur. Du moins sait-on qu’il s’agit d’un travesti, non d’un eunuque, qui aime séduire et faire chavirer le cœur des hommes mais que le moment venu, leur nature concupiscente dégoûte notre sensible tueur qui les zigouille sans autre forme de procès ! Bienvenue à Bangalore et ses bas fonds au cœur d’une immense traque dont on ne sait qui ressortira vainqueur.

Et bah c’est pas mal ma foi. Bon ce n’est pas le roman policier du siècle mais on serait vachards de ne pas lui reconnaître des qualités indéniables. Premier bon point (et pas des moindres), Anita Naïr nous offre un bel aperçu de tout ce que la société indienne a de contradictoire : du sexe à foison mais moralement condamné, une communauté homosexuelle rabrouée, une élite vivant à l’occidentale qui côtoie une majorité encore engluée dans un conservatisme de façade. Deuxième bon point, l’enquête en elle-même : fallait oser publier un roman sur ce sujet délicat. C’est un roman rythmé qui prend le temps de poser le décor et de nous faire faire connaissance avec tous les protagonistes à qui Anita Naïr donne la parole. Nous assistons à une enquête à 360° qui ménage bien son suspense. Le personnage de Borei Gowda et celui de son acolyte, le dévoué (et un peu empoté) Sandosh, donnent lieu à quelques répliques savoureuses entre maître et élève.

L’inconnue de Bangalore est un honnête roman policier, plus exotique que nos classiques romans d’Elizabeth Georges ou scandinaves. Pas une pépite mais ça se lit bien. Idéal pour vos vacances.

L’inconnue de Bangalore d’Anita Nair, Livre de poche

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