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Ma première incursion en territoire Oatesien et on peut dire que l’expérience fut assez concluante. Pourtant ce n’était pas gagné mais d’un autre côté j’étais prévenue : Joyce Carol Oates a un univers très particulier, un peu à la mode des romans gothiques du milieu du XIX siècle. On adhère ou pas. La marque de fabrique de madame Oates, c’est un style qui prend le temps de poser le décor, de situer chaque personnage, patiemment, tissant une toile narrative qui d’un coup prend tout son sens et nous explose en pleine figure. Question de patience. Mais j’ai bien fait de persévérer.

Ce roman très dense (plus de 600 pages), porte bien son titre : les chutes. D’abord celles du Niagara autour desquelles se noue notre intrigue. Paradis des touristes en lune de miel, ces eaux puissantes portent en elles le malheur : en effet, nombreux furent les gens qui irrémédiablement s’y jetèrent, pris malgré eux dans les filets de cette impétuosité naturelle fascinante. Le mari d’Ariah Littrell fut de ceux-là. Ce qui est con c’est qu’il l’ait fait le lendemain de leur mariage, alors qu’ils convolaient en justes noces. La dame fortement choquée errera 7 jours à la recherche du corps, n’ayant pas pris conscience de l’acte en lui-même. Mais comme le destin est parfois surprenant, notre héroïne, sorte de petit moineau éthéré et gracile (en apparence je précise) se mue en femme fatale qui fait perdre la raison au séduisant Dick Burnaby, jeune avocat issu de la bourgeoisie du coin, qui n’hésite pas à la demander en mariage 1 mois seulement après la mort du précédent mari. La veuve blanche des chutes, comme est surnommée Ariah, accepte (oui c’est un poil tôt mais que voulez-vous, les voix de l’amour sont impénétrables). Elle devient donc Ariah Burnaby, bête de sexe, impétueuse, colérique, lionne farouchement amoureuse de son homme, le beau et convoité Dick, cérébrale et sensible à l’extrême, excessive dans ses effusions et qui pour ne rien arranger, croit en une malédiction qui toucherait sa famille, son équilibre, son bonheur, la pourchassant inlassablement. Pas facile à gérer, surtout pour le pauvre Dick si amoureux, si peu objectif (et qui paiera le prix de cet aveuglement mais chut(e)s je n’en dis pas plus). Les chutes vous l’aurez compris, seront également celles d’Ariah et de sa famille. Et oui, madame Burnaby porte la poisse comme on dit. Mais j’en dis déjà trop.

Ce roman est dense dans tous les sens du terme : stylistiquement (la lecture n’est pas aisée mais se conquiert et se savoure), dans les thèmes brassés (l’amour à l’excès, la malédiction, le poids du destin, la violence), dans les émotions provoquées (impossible de rester de marbre). Madame Oates a atteint une parfaite maîtrise de son art, c’est indéniable. Et même si je me suis perdue en cours de route, je suis toujours revenue et c’est sans regrets. Pas facile d’accès la Oates. C’est une lecture exigeante je vous aurais prévenus. Mais plus grande est la satisfaction au bout. Sans être son meilleur, Les chutes résume bien l’œuvre de cet auteur prolifique et je suis bien décidée à en poursuivre la découverte

Les chutes de Joyce Carol Oates, Points Seuil

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