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Camille, mon envolée de Sophie Daull, Livre de poche

Comment appelle-t-on des parents dont l'enfant meurt avant eux ? Vous savez quoi, cela n'a pas de nom. Il existe bien le veuf ou l'orphelin. Mais pour ceux qui ont donné la vie et à qui le destin leur retire la chair de leur chair trop tôt, trop vite, il n'y a pas de mot. Comme si le fait même d'imaginer une chose aussi incongrue : on ne meurt pas après ses enfants, était en soi une hérésie linguistique, un néant lexical sur lequel personne n'ose se prononcer, de peur d'attirer le mauvais œil.

Face au vide laissé par la mort de sa fille de 16 ans, Camille, Sophie Daull choisit les mots : pour raconter les 4 jours pendant lesquels son enfant chéri a bataillé courageusement contre une fièvre mortelle, pour raconter sa mort, absurde, son désarroi face au corps médical, leur jargon auquel on ne comprend rien, pour raconter les étapes du deuil les plus impensables : choisir un cercueil et un enterrement digne de ce nom pour son enfant adoré. Pour dire le vide laissé par la perte de son enfant et comment se reconstruire malgré tout, mourir à petit feu et culpabiliser de vivre, comment survivre, mal, maladroitement, entre pleurs et rires, gérer l'après, le deuil, l'absence, et oui que faire des 77 peluches de son enfant d'amour : on jette tout, on conserve tout ?

189 pages époustouflantes, sur le fil, émouvantes, tragiques, sans pathos, pour conter la lumineuse existence d'une jeune fille à qui l'avenir ouvrait ses bras : sciences po, le théâtre, le chant. 189 pages contre 4 jours de souffrance inénarrable et la détresse de Sophie Daull qui ne sût comment soulager sa fille, mère contre mort. Et au final, victoire par KO d'une faucheuse machiavélique.

Est-il besoin de continuer ? Je ne suis pas mère et fort heureusement, car j'aurais été incapable d'écrire une chronique sur ce livre qui finit sur phrase sublime, d'une dureté sans nom, qui résume tout à elle seule : « Moi qui aimais tant de voir de loin, maintenant je suis servie – je ne te vois plus ».

Je m'arrêterais là.

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