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Causes mortelles de Ian Rankin, Folio

C'est au détour d'une promenade dans une charmante ville bretonne, que Causes mortelles atterrit entre mes mains. Entre mes fabuleux 15 jours passés en Ecosse au mois de mai dernier et mon goût prononcé pour le genre policier, il ne m'en fallait pas plus pour sortir ce roman des entrailles du brocanteur (je fais dans le gore) et l'attirer vers la lumière de mes doigts avides. Et puis, Ian Rankin, je connais un peu le lascar, ça aide.

Me voilà donc embarquée dans cette merveilleuse ville d'Edimbourg (vous trouverez, émaillés dans cette chronique, de nombreux superlatifs dès lors qu'il s'agit de l'Ecosse, vous voilà prévenus ! ), en plein festival aoûtien (sorte de festival d’Avignon). Celui-ci attire moult gens venus se repaître de théâtre, danse, opéras etc. auquel s’ajoute le non moins fameux Fringe, sorte de off qui permet de faire découvrir un autre pendant de la vie culturelle et artistique écossaise. Vous voilà refaits niveau culture générale sur E-dim-Bra (prononciation à l'écossaise).

C'est durant cette intense fièvre artistique, prétexte à quelques excès de beuveries aromatisées au houblon ou à l'orge, que l'inspecteur Rebus, notre anti-héros, pur produit estampillé mal embouché premier cru, est amené à enquêter sur le meurtre d'un jeune homme, dont on finit par comprendre qu'il est le fils d'un charmant mafioso de Glasgow, mis au frais d'une cellule par Rebus himself. Et qu'est-ce qu'on lui voulait à ce Billy ? Bah il semble que notre victime s'était accoquinée avec quelques nationalistes écossais, du genre fachos, anti-festival, anti-irlandais, anti-catholiques. Mais suis-je bête, laissez-moi recontextualiser : les Ecossais sont majoritairement protestants, pour vous dire, ils ont même une église réformée d'Ecosse. Pour une fraction d'entre eux, les papistes, ça pue ! Et pas de bol, en Irlande du Nord, encore sous le joug anglais, les Protestants pro Save the queen, et les Catholiques pro IRA, s'entendent pas vraiment comme cul et chemise. Ça se tue, se fout sur la gueule, se hait cordialement, sacré nœud gordien. Nos sympathiques amis orangistes comme ils s'appellent, se font donc un honneur de soutenir les amis protestants en Irlande du Nord. Et comme dans tout conflit, le trafic d'armes prospère jusqu'aux confins de pays du chardon et du Haggis.

En enquêtant sur ce 1e meurtre qui ressemble à s'y méprendre à un règlement de compte, Rebus a mis le doigts dans un foutu merdier politique.

Entre magouilles politiques et meurtres en série, notre charmante cité d'Edimbourg perd de sa superbe. Derrière la beauté du Royal Mile et de ses immeubles du XVIIe, se cache une autre Edimbourg, sinistrée, aux marges, abandonnée de tous et où sévissent violence, pauvreté et racisme ordinaire, le tout exacerbé au sein de bandes rivales. Rebus en fera l'amère expérience entre deux whiskys (notre inspecteur taquine méchamment de la bouteille).

Le style Rankin, j'adhère. C'est franc du collier, sans chichi, droit au but, pertinent, impertinent, cru et sans concession. Rankin aime son pays, sa ville, ça va sans dire. Mais qui aime bien châtie bien non ? Dans Causes mortelles, l'intrigue est secondaire et laisse place à une vraie radiographie du mal-être de la société écossaise. Racisme, pauvreté, chômage, alcoolisme, guerre de religions, sont autant de tumeurs greffées autour du chardon. Mené par un Rebus, vieux loup de mer à qui on la fait pas, le voyage est encore plus saisissant. Et j'en redemande !

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