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L'hibiscus pourpre de Chimamanda Ngozi Adichie, Folio

Décidément, j'aime beaucoup cette prometteuse auteur découverte avec le roman Americanah ou les tribulations d'une jeune nigériane chez l'Oncle Sam (plus ou moins autobiographiques). L'hibiscus pourpre est son 1e roman, écrit à l'âge de 25 ans et le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'a pas à en rougir, tant la maturité du sujet et de son traitement sont étonnants.

Imaginer le calvaire d'une famille nigériane sous le joug du fanatisme religieux du père, fervent catholique, fallait oser. Sujet grave s'il en est qui éclaire le lecteur sur le poids de la religion dans la sphère sociale et culturelle du Nigeria et de l'Afrique en général, prise entre l'étau d'un catholicisme hérité des colons, celui d'un évangélisme croissant qui séduit une population défavorisée qui y trouve matière à s'exprimer et d'un animisme ancestral (que le père de notre héroïne appelle paganisme), culte des esprits et des divinités. Sans oublier l'Islam.

Kambili, notre héroïne, est une jeune femme de 15 ans, discrète et studieuse qui appartient à la bourgeoise éclairée et bien-pensante d'Enugu. Son père, Eugène, riche homme d'affaires, est un self made man élevé chez les religieux européens et qui en a conservé 1) la foi 2) la ferveur mystique 3) la volonté de se hisser parmi les puissants. Tout lui a réussi et il entend bien diriger sa famille selon les préceptes de l’Église : la dévotion ainsi que la réussite de ses enfants, Kambili et Jaja son fils, magnifient et rendent gloire à Dieu. Cette éducation à la dure ne va pas sans violence et chaque manquement, ne serait-ce qu'infime, mérite punition et pénitence.

Un séjour de quelques jours chez Tatie Ifeoma, la sœur d'Eugène, catholique éclairée et tranquille, qui élève seule ses 3 enfants tout en assumant un emploi d'enseignante à l'université, exemple même d'une femme forte et courageuse, moderne et libérée, éduquant ses enfants dans l'amour de Dieu et la tendresse, va pourtant bousculer le monde si rigide et sinistre de Kambili et Jaja.

Roman du passage de l'enfance vers l'âge adulte, L'hibiscus pourpre couve sous des apparences simples, une violence manifeste : celle du fanatisme bien sûr et de ses conséquences désastreuses sur l'équilibre familial, la manipulation de la parole divine pour asseoir une autorité toute séculière, le rejet de l'éducation et l'aspiration d'une jeunesse bridée à se détacher des entraves sociales et culturelles. Derrière le titre enjôleur qui laisserait supposer un roman léger, sans aspérités, se cache un récit intelligent, déroutant et dur, qui pourrait aussi bien se dérouler au Nigeria qu'en France ou partout ailleurs. Une belle prise de conscience pour un roman marquant et je dirais même, plus saisissant qu'Americanah.

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