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Mal de pierres de Milena Agus, Livre de poche

Comme quoi il n’est pas nécessaire d’écrire 1000 pages pour offrir un beau roman.

Quand j’ai tenu pour la 1e fois Mal de pierres, ma réaction a été l’étonnement, suivie de l’inévitable déception. Les résumés que j’avais lus m’orientaient vers un pavé bien fourni, m’imaginant une vraie saga italienne sous le soleil sarde. 150 pages sont, comme vous vous en doutez, un peu limitées pour développeur l’aspect roman fleuve/saga romanesque. Soit.

Le deuil fait, je me suis donc plongée le temps d’une après-midi dans ce récit (un brin sceptique pour être honnête), pour en ressortir conquise et apaisée. Rien d’extraordinaire ne s'y passe pourtant mais que voulez-vous, la magie a opéré.

La narratrice nous raconte sa grand-mère. Trop belle et sensuelle pour l’époque, trop exaltée (voire foldingue, cela dépend des points de vue) et romantique pour les bien-pensants et les grenouilles de bénitier du village, aspirant au grand amour et non à l’étroitesse d’un mariage sans passion, cette femme fait fuir tous ses prétendants, effrayés par tant de mystère et de fougue (leur écrire des lettres enflammées n’arrangent rien à son affaire). Nous sommes en Sardaigne dans les années 30 et être vieille fille à presque 30 ans fait jaser le village. Désespérés, les arrières grands-parents « vendent » leur fille à un veuf de 40 ans, réfugié chez eux durant les bombardements américains sur Cagliari, la capitale sarde. En reconnaissance de leur bonté, l’homme accepte de prendre pour épouse la fille devenue encombrante. Si elle ne veut pas de lui et le rejette, l’homme s’en accommodera car les filles de passe remplissent parfaitement leur besogne en satisfaisant monsieur comme un mâle doit l’être. La grand-mère de la narratrice finit par accepter son sort, résignée à ne jamais connaître le grand amour, celui qui exalte et rend fou. Folle est l’est déjà à sa façon. Et puisqu’il faut bien assouvir aussi certains besoins physiques, elle se résigne à remplir avec sensualité et imagination la libido débridée de monsieur : elle sera sa catin, se soumettant avec docilité aux scenarii coquins les plus tendancieux. En dépit du manque d’amour, le besoin de donner la vie détruit cette femme qui ne peut enfanter à cause de son mal de pierre comme on dit. Pour conjurer la malédiction, elle part sur le continent, elle l’insulaire, pour une cure destinée à soigner ce mal qui la ronge. Elle y rencontrera l’Amour sous les traits du Rescapé, figure charismatique, sensuel et passionné, érudit et mélomane qui envoûte notre Sarde à la vie étriquée. Entre eux, une évidence qui scellera leur destin. Revenue de cure, la grand-mère tombera enceinte et donnera naissance à son unique enfant, le père de notre narratrice.

Quelle joie de tenir entre les mains un roman si simple en apparence mais qui se révèle au grand jour d’une belle complexité ! Car nul besoin de fioritures et autres salamalecs pour sortir un texte dont la justesse de ton et la fluidité de l’écriture servent à merveille cette héroïne tragique. Seul le talent suffit et Milena Agus, injustement méconnue en Italie, en a à revendre. Et quel personnage que celui de la grand-mère : sensuelle et libre, une femme faite pour l’amour, née à la mauvaise époque, personnage sombre sous le soleil implacable de la Sardaigne. Comme si tant de lumière couvait forcément en son sein les plus tragiques des destins. Comme un pied de nez. Ce serait péché que de passer à côté d’un petit bijou de lecture, surtout quand il se lit en une après-midi. Et si vous passiez à côté du livre, le film avec Marion Cotillard sera bientôt sur vos écrans. Donc pas d’excuses les amis !

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