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A l’origine notre père obscur de Kaoutar Harchi, collection Babel

Être une femme, même au XXI siècle, relève du challenge militaire. Et pourtant, nous les femmes sommes devenues des piliers de la vie économique, nous gouvernons parfois, nous élevons des enfants tout en assumant notre indépendance à la fois affective et financière, bref, nous aspirons toutes à mener une vie épanouie sur le plan émotionnel et professionnel. Et pourtant, bien trop restent des épouses, des mères, des femmes-objets dont on use et abuse sans vergogne, qu’on juge pour le moindre travers, qu’on traque et épie à l’affût de la plus petite faiblesse.

Notre héroïne elle, n’a pas eu la chance de certaines. Née dans une maison de femmes, ou devrais-je dire une prison de femmes au vu et au su de tous, elle côtoie depuis sa naissance ce harem de femmes, d’épouses répudiées, jugées, trahies que leurs maris, leurs frères ou pères ont envoyé au bagne, cloisonnées derrière 4 murs d’une maison de correction et d’élévation morale. Elles ont jeté l’opprobre, la honte et le déshonneur sur leur famille, elles doivent en payer les conséquences. On les condamne et pour certaines, on les récupère, espérant que l’enfermement leur aura inculqué le repenti nécessaire. Notre héroïne déteste ces femmes qu’elle juge elle-aussi. Elle n’a rien demandé. La faute à sa mère qui a péché sans savoir pourquoi. Enfermée malgré elle, le regard toujours braqué vers l’extérieur, notre jeune femme attend le jour où enfin, ses pas la porteront vers un ailleurs, une vie remplie d’amour et de tendresse, princesse fière et hautaine. Quand sa mère meurt, la jeune fille partira à la rencontre de son père, cet homme dont elle ne sait pratiquement rien. La vie réelle aura-t-elle la saveur de la vie rêvée ?

Bien qu’il traite d’un sujet grave (la condition des femmes) qui généralement me touche (en bonne féministe littéraire), A l’origine notre père obscur n’a pas su me conquérir. Quel dommage ! Je suis restée presque indifférente au style de Kaoutar Harchi et par conséquent, à son récit. J’ai éprouvé pour son héroïne une antipathie quasi instinctive, proche du réflexe pavlovien. Et pourtant, c’est un roman fort porté par une belle plume. On sent le travail d’écriture léché de Kaoutar Harchi, son envie de décrire parfaitement le désarroi de l’enfermement et la quête des origines. Mais qu’y puis-je ? Et croyez-moi je culpabilise d’être passée complètement à côté de ce roman quand tant d’autres m’ont transportée (Bilqiss de Saphia Azzeddine est un pour bijou). Je ne déconseille pas ce roman bien au contraire car je suis intimement convaincue de ses qualités. Il est juste question ici de ressenti et de pure subjectivité. Faites-vous votre avis.

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