Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La double vie de Jésus d’Enrique Serna, Editions Métailié

Allelujah, mazeltov, un roman trouve grâce à mes yeux ! La malédiction est enfin levée ! Que les dieux soient loués ! Je trépigne d’impatience rien qu’à l’idée de vous partager cette jolie découverte. Alors entrons directement dans le vif du sujet moussaillons !

Bye bye France et bienvenue au Mexique, au cœur de la pittoresque ville de Cuernavaca, capitale de l’état de Morelos se situant à 70 km de Mexico. Vous y trouverez tout le charme d’une ville mexicaine multicolore et multiculturelle, sa faune de jour, sa faune de nuit, ses cartels de drogue, ses flics et politiciens corrompus jusqu’à l’os, sa pauvreté, le désarroi de sa population qui ne croit plus en l’état de droit.

Jesus Pastrana, le héros de notre roman, incarne les derniers soubresauts d’une classe politique honnête et humble. Surnommé « le sacristain » en raison de son goût prononcé pour la rigueur morale et budgétaire qui passe par une lutte acharnée contre les abus (n’hésitant pas à dénoncer un élu corrompu de son propre parti), c’est un haut gradé de mairie qui détonne dans le paysage local. Transcendé par sa mission d’utilité publique, il décide de se lancer à la conquête de la mairie afin d’assainir dans tous les sens du terme, cette Sodome et Gomorrhe du crime et de la corruption. Oui mais difficile de ne pas heurter certains esprits étroits qui ne voient pas d’un très bon œil cette candidature.

Envers et contre tous, notre Jésus est prêt à marcher sur l’eau, à soigner les aveugles et à prendre dans son giron protecteur les Marie Madeleine de la ville. D’ailleurs, il prend si bien sa mission à cœur qu’il tombe follement amoureux d’un transsexuel, Leslie, prostitué cocaïnomane, oiseau de nuit fantasque et hystérique qui fascine et transcende notre gentil sacristain (qui a toujours su qu’il penchait pour son sexe sans jamais se l’avouer).Transi d’amour, Jesus Pastrana décide de mener de front cette relation clandestine et sa carrière politique. Grand bien lui fasse mais ça ne va pas être une partie de plaisir, surtout avec Leslie qui lui en fait voir de toutes les couleurs (et qui accessoirement est le frère jumeau d’un baron du cartel de la ville).

Drôle, corrosif, sans langue de bois, impertinent et intelligent, si cela ne vous suffit pas à vous jeter sur ce roman, je ne sais pas quoi faire ! Mazette monsieur Enrique Serna vous n’y allez pas 4 chemins ! Tout le monde en prend pour son grade : flics, politiciens, voyous comme populace moutonneuse qui n’ose se rebeller contre une situation intenable. Quel tableau du Mexique d’aujourd’hui. Croyez-moi, ce qu’on croit savoir n’est rien comparé à ce qu’est la réalité d’un pays qui n’a jamais vraiment su gérer le tournant démocratique et végète dans un népotisme politique de mèche avec les cartels de la drogue. Un pays au bord de la crise de nerf dont le destin tragique est admirablement dépeint par la plume hautement inspirée de Serna qui ne l’oublions pas, est journaliste. Son Jésus est un personnage attachant, sa Leslie, une vamp électrique et tragédienne qui ma régalée tout au long de ma lecture.

Merci aux éditions Métailié et à Babelio pour cette lecture explosive et jouissive.

Partager cet article

Repost 0