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Si je vous dis qu’Algernon est une souris, vous me croyez ? Non vraiment, je ne rigole pas. Algernon est une charmante petite souris. Et non, ce roman n’est pas un conte pour enfants, loin s’en faut. On a même classé ce roman dans la catégorie science-fiction. Cruelle erreur les amis et d’ailleurs les bloggeurs sont unanimes : Des fleurs pour Algernon n’est pas un roman de SF ! Voilà qui est dit ! Si ce n’est ni un conte pour enfant ni un roman de SF, dans quelle catégorie classer ce livre iconoclaste ? Une histoire d’amour, un conte philosophique, un roman de science ? Je dirais les trois à la fois et c’est ce qui fait la richesse de ce livre, inclassable, dérangeant, touchant, irrémédiablement tragique.

Revenons à Algernon. Notre souris n’est pas une souris comme les autres. Voyez-vous, elle est intelligente. Non pas gentiment intuitive, mais diablement intelligente et ce grâce aux travaux combinés de deux chercheurs brillantissimes qui ont trouvé le moyen de décupler de manière surréaliste la capacité d’apprentissage. Imaginez cette avancée ! De l’animal à l’humain il n’y a qu’un pas. Ce cobaye sera Charlie Gordon. Retardé, naïf et doux, son envie d’apprendre convainc son professeur, Alice Kinnian, de proposer sa candidature. Et le miracle survint : Charlie passe rapidement de l’ombre à la lumière de la connaissance. Un univers jusque là inaccessible s’offre à lui. Rien n’est trop grand, rien n’est impossible face à l’appétit insatiable et dévorant de Charlie qui aspire à rattraper une trentaine d’années perdues. Charlie Gordon devient autre. Le gentil simplet apprécié de ses collègues, celui dont on se moque gentiment, prend conscience de la cruauté du monde alentour. Au fur et mesure, alors que l’intelligence devient incontrôlable, Charlie jusque là entouré d’amis, même maladroitement, se terre dans la solitude. Plus personne, pas même ses sauveurs qui se servent de lui pour briller auprès de leurs pairs, ni la douce et brillante Alice, n’égalent son savoir, n’atteignent son niveau, cette acuité d’esprit qui vire à l’acrimonie, à l’acerbe. Pas un seul pour soutenir ses raisonnements, pas un pour satisfaire intellectuellement Charlie dont le savoir est démesuré. Même l’amour, celui dont il rêvait tant, ne saura lui apporter la salut. Le jeu en valait-il la chandelle ? Ce n’est pas pour rien si Daniel Keyes a cité en préambule l’allégorie de la caverne de Platon : « Mais si l’on avait quelque bon sens, on se rappellerait que la vue peut être troublée de deux manières et pour deux causes : quand on passe de la lumière à l’obscurité, ou bien le contraire, de l’obscurité à la lumière. »

Publié dans les années 60, Des fleurs pour Algernon n’a pas pris une ride. Ce roman est une sacrée leçon, un conte philosophique moderne, terriblement touchant, magnifiquement écrit. Sous la forme d’un compte-rendu quotidien, d’un journal de bord écrit à la 1e personne, nous suivons l’évolution de Charlie Gordon, éternelle victime, personnage tragique par excellence dont on suit la chute, inexorable. Comme je regrette d’avoir attendu si  longtemps pour lire ce classique de la littérature américaine ! Charlie Gordon fait partie de ses personnages qui je le sais, auront toujours une place particulière dans mon petit cœur de lectrice. J’ose espérer qu’il en sera de même pour vous.

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