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Est-il besoin d’ajouter ma voix au concert de louanges qui déferlent sur ce roman depuis plus de 6 ans ? Comme souvent, je me méfie des succès d’édition, des « phénomènes » littéraires qui obstruent notre vision et passent sous silence d’autres très bons romans. Il m’aura fallu 6 ans pour enfin entamer, d’un œil hautement sceptique, les premières pages de cet épais volume. Comment vous décrire le bonheur d’avoir dévoré ce livre de 526 pages en à peine deux jours ? J’ai bien peur de faire dans la chronique bateau, fadasse au possible, de ne pas restituer par écrit la pleine mesure de mon enchantement, de cet enthousiasme qui réchauffe le cœur et fait du bien à l’âme.

 

Oui les amis, je suis enchantée par La couleur des sentiments, par cette histoire de bonnes noires-américaines, esclaves des temps modernes, par cette atmosphère sudiste des années 60, cette torpeur propre aux états cotonniers, transportée dans ce Mississippi conservateur, étroit d’esprit, raciste, ségrégationniste, attaché à d’antiques valeurs, réfractaire au changement et où les femmes portent encore des gants même sous le cagnard. Un état où les bonnes noires élèvent les enfants des blancs comme si c’était les leurs, entre autres tâches ménagères et corvées quotidiennes rébarbatives mais qui, ô grand jamais, ne doivent se servir des mêmes toilettes que leurs patrons, sous peine de transmettre des germes et maladies propres aux gens de couleur ! Faudrait pas tout mélanger quand même, n’abusons pas ! Aibileen la lucide, Minny la grande gueule incapable de garder un boulot et les autres, sont autant de femmes de l’ombre, parties intégrantes du quotidien des bourgeois blancs, qui sans jamais se rebeller, subissent leur sort, résignées, parce que c’est ainsi, tel est l’ordre des choses : les Blancs et les Noirs vivant ensemble mais séparés. Jusqu’à l’arrivée de Skeeter (moustique en anglais, charmant), la fille des Pheelan, qui débarque tout droit de l’université, bien décidée à faire carrière en tant qu’écrivain et journaliste. Réintégrer le rotari club de Jackson Mississippi, son cercle d’amies bien pensantes, toutes mariées et déjà mères, accaparées par les soucis de ménage et autres gardes d’enfants, dont la vie est rythmée par les ventes de charité pour les enfants d’Afrique, les pauvres, et les parties de bridge autour d’un bon thé glacé servi par les bonnes noires of course, que l’on ne regarde même pas, tout cela, Skeeter en est éloignée. Et si la solution était de faire bouger les choses ? Donner la parole à ces femmes de l’ombre, ces mamas du sud, à Aibilleen, Minny et toutes celles qui voudront témoigner et raconter leur vie de femmes au service des autres, les humiliations du quotidien, le racisme institutionnalisé, la résignation, mais aussi les bonheurs, les belles rencontres, les enfants qu’on a aimés comme les siens, les petites victoires, ces mots mis noir sur blanc par Skeeter dont le regard changera irrémédiablement à leur contact.

 

On a reproché à Kathryn Stockett d’avoir appliqué à la lettre le fruit des cours d’écriture qu’elle a suivis, d’avoir manqué de sincérité littéraire, de naturel, pour livrer un succès d’édition populaire tant apprécié. Mais est-ce un mal quand on voit le résultat ?! S ce roman est plein de bons sentiments et d’espoir, quitte à en perdre de vue la vraisemblance (c’est à peu près certain que cette histoire d’amitié entres bonnes et fille blanche de bonne famille est utopique, quoique…), quel est le problème ? Ce roman m’a émue, transportée, fait rire, m'a attendrie, je suis devenue un bonbon tout raplapla pétrie de bons sentiments, j’ai adoré passer deux jours auprès d’Aibileen, de Minny la gouailleuse, de Skeeter et son idéalisme. Au diable les sceptiques, en ces temps troublés, ce type de roman fait beaucoup de bien et à ceux qui seraient passés entre les mailles du filet, je dis que Noël approche et que vos petits souliers seraient ravies d’accueillir la version poche ;).

 

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