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En ces temps festifs, est-il judicieux de vous parler du Chien arabe ? Non pas que ce roman soit mauvais, bien au contraire, il est d'une qualité indéniable tant sur la forme que le fond, un uppercut littéraire qui vous laisse déboussolé(e) tant son sujet fait écho à notre triste actualité.  

 

Benoît Séverac fait dans le lourd, le très lourd même : il est question de Toulouse ici mais ô combien est loin l'image idyllique de la ville rose narrée par Nougaro. Aux Izards, quartier tristement célèbre pour avoir abrité en son sein Mohamed Merah, il n'est question que de drogue, de trafics en tous genres et de mouvance religieuse extrême. Les caïds côtoient les salafistes, les premiers ayant parfois terminé en barbus, promus harangueurs des foules appauvries qui ne croient plus en l'idéal de l'intégration républicaine. Les enfants préfèrent devenir chouffeurs, informateurs exemptés de procédure judiciaire car trop jeunes, qui ne comprennent pas pourquoi apprendre le participe passé serait plus bénéfique que gagner 50 euros par jour à surveiller l'arrivée des flics. Et dans tout ce marasme, une majorité silencieuse qui souffre et attend l'inéluctable 

 

Sergine Ollard apprendra tout cela à ses dépens. Véto dans le quartier, elle ne sait rien de ce qui se passe aux alentours, rejoignant son confort bourgeois dès le taf fini. Mais quand une gamine apeurée demande son aide : un chien mule pour la drogue est gravement malade, notre véto n'écoute que son courage et les emmerdes ne font que commencer. La gamine est la petite sœur du principal caïd du quartier, Ben Arfa et celui-ci ne voit pas d'un très bon œil que son toutou adoré disparaisse avec des milliers d'euros dans le bide. Et quand celui-ci attise le courroux des barbus du coin, pécheur impie qui mérite le pire, on est pas au bout de nos peines.  

 

Le chien arabe c'est ce micmac. Dure et impitoyable vérité sur nos banlieues, l'insuffisance des moyens mis en place pour lutter contre toute cette merde, les complaisances : on laisse les petits bonnets agir à leur guise pour pêcher les plus gros, au risque de tout laisser dégénérer, les bassesses et la violence inouïe qui gne à nos pieds. On y est jusqu'au cou. 

 

Vous voulez un roman complaisant et timoré, passez votre chemin. Ici chaque mot fait mal, chaque action vous fout une baffe en pleine figure, rien n'est rose, tout y est gris, gris foncé même. Benoît Severac met le doigts où ça fait mal et ne vous ménagera pas. Vous dont les pas vous ont menés jusqu'ici, prenez-garde au chien arabe.  

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