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Après l’excellent Esprit d’hiver, le bon A moi pour toujours et le surprenant Rêves de garçons, il était temps de m’attaquer à un des romans de Laura Kasischke adaptés au cinéma sous le titre de White Bird pour la version hollywoodienne (avec l'excellente Shailene Woodley)

Sans avoir l’intensité d’Esprit d’hiver, reconnaissons à notre auteur américaine, parfois citée comme la fille spirituelle de Joyce Carol Oates, un talent indéniable pour rendre avec acuité un univers fait d’ombres, oppressant au possible, mettant le lecteur mal à l’aise dès les 1eres pages (mais dans le bon sens du terme, rassurez-vous). White bird ne déroge pas à la règle.

Nous faisons connaissance avec Kat, une adolescente mal dans sa peau dont la mère, Eve, a quitté sans prévenir le nid conjugal. Nulle explication pour justifier ce geste, seulement des suppositions faites par sa fille. Eve était une femme malheureuse dans son couple (et encore c’est un euphémisme), une épouse bourgeoise et entretenue, mère et femme impeccablement coiffée, manucurée, toujours tirée à 4 épingles, frustrée par un mariage sans amour et une vie rangée qui semblaient lui faire horreur. Des raisons de partir, elle n’en manquait donc pas. Ni son mari conventionnel et barbant, ni son unique fille, trop grosse, trop empotée, n’ont trouvé grâce à ses yeux et n’ont pu la convaincre de continuer une minute de plus cette mascarade familiale. Qu’est-elle devenue, où s’est-elle enfuie, pour et avec qui, le mystère reste entier durant des années.

Kat devient une femme, mue par des désirs et un appétit charnel propres à son âge. Et alors qu’elle devient femme, le souvenir de sa mère et de la relation qu’elle a entretenue avec elle, faite de rivalités et de jalousie contenue, font surface et trouvent leur manifestation la plus concrète dans les rêves violents de Kat. Qui Eve était-elle en réalité ? Une femme mue par des désirs qui la poussent à vouloir le petit ami de sa fille, une quadra encore séduisante mais incapable de rompre avec le besoin de plaire, d’être désirée, une éternelle amoureuse, une femme frustrée, brisée, une mère indigne ou tout simplement maladroite. Autant de questions que se posent Kat année après année jusqu’au dénouement qui verra le mystère prendre fin.

Rivalité mère-fille, récit de l’absence, rêves brisés en petits morceaux sous le joug impitoyable du quotidien et du confort bourgeois, Laura Kasischke revisite ses thèmes de prédilection dans ce roman qui joue habilement avec les faux-semblants et les apparences. Du suspense pour ce roman subtil (trop parfois à force de digressions), sensible, à fleur de peau. Kat est un personnage auquel on s’attache malgré son égoïsme d’adolescente qui préfère s’envoyer en l’air plutôt que de s’inquiéter pour sa mère. Quant à Eve, c’est le  portrait énigmatique d’une femme qui n’a su vivre la vie qu’elle voulait et en a conçu de la rancœur. Implacable mais touchant de réalisme.  

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